Sans défense

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La saison passée, le Barça de Valverde s’était construit autour d’une certaine idée d’équilibre, avec à la clé une des meilleures défenses d’Europe. Cette année, la solidité arrière est beaucoup plus abstraite. Les chiffres comme les attitudes le montrent. Une fragilité malvenue alors que le contenu des matches est globalement bien supérieur à ce que l’équipe produisait à l’automne dernier.

Le paradoxe grandit de semaine en semaine. Le Barcelonisme se plaint de la frilosité des idées d’Ernesto Valverde, toujours attentif à l’aspect sécuritaire de son équipe. Mais chaque journée de Liga voit le Barça encaisser des buts, à l’unité, à la paire, voire même au carré… Si la comparaison que l’on dresse ici, entre les débuts des saisons 17-18 et 18-19, dresse le constat inexorable d’une solidité perdue, il est bon de se souvenir que la fin de saison passée avait déjà été le théâtre de larges courants d’air (voir notre bilan statistique de la saison).

Des statistiques implacables

Les chiffres bruts, dans leur inexorable froideur, ne laissent aucune place au doute. La défense du Barça, avec déjà 21 buts encaissés (18 en Liga, 3 en Champions), semble avoir égaré son imperméable de la collection automne/hiver 2017 (4 buts encaissés en Liga, 1 en Champions). Classée parmi les meilleurs élèves, d’Espagne et d’Europe, l’an passé à la mi-Novembre, l’arrière-garde Blaugrana pointe désormais au fond de la classe, pas loin des cancres près du radiateur.

Les statistiques avancées ne disent pas autre chose… Si le Barça ne concède pas plus de tirs cette saison que l’an dernier, tous les autres chiffres attestent d’une dégradation alarmante de sa solidité en défense. Les Catalans ont terminé deux fois moins de matches sans prendre de buts, et le nombre de grosses occasions concédées à l’adversaire a presque triplé.

Quand on s’attarde sur les chiffres d’Expected Goals subis (xGAgainst), qui mesurent les occasions adverses, on se rend compte que le FCB est passé en un an du meilleur au 13ème bilan défensif de Liga. Si le Barça encaisse plus de buts, c’est d’abord parce qu’il concède plus d’occasions (deux fois plus par match), que ces opportunités sont de meilleures qualité (et on donc plus de chance de finir au fond), et que l’efficacité de l’équipe, qui était incroyablement (et même anormalement) positive l’an passé, a basculé dans le négatif…

L’an passé à la 12ème journée, la mesure des occasions indiquait que le Barça « aurait dû » encaisser 8,5 buts environ. Cette saison, il « aurait dû » en encaisser plus de 17 ! Ramenés par match, ces chiffres indiquent que le FCB « méritait » de prendre 0,7 but par match contre presque 1,5 cette année. Autre constat alarmant, l’an passé le Barça concédait moins « d’un but attendu » par match quasi systématiquement. Ce n’est plus du tout le cas.
L’an passé, le Barça avait encaissé 4,5 buts de moins que le total d’occasions concédées ne l’indiquait. Cette saison, le FCB a encaissé presque un but de plus qu’attendu, soit une efficacité négative. Quant à la qualité des occasions adverses, en moyenne chaque frappe adverse a vu sa probabilité de finir au fond passer de 9 à 14%.

Autopsie des buts encaissés

Dans un élan de masochisme nécessaire mais dépourvu d’enthousiasme, on est allé se pencher sur tous les buts encaissés par le Barça depuis le début de saison. Ils sont au nombre de vingt-et-un, série en cours… Si certains peuvent être imputés à des erreurs individuelles (Piqué contre Gérone et Leganes, ter Stegen face au Betis), ou à la malchance (deux frappes déviées par Lenglet contre Tottenham et Séville), des tendances se dégagent au moment de pointer du doigt la cause des maux dans la zaga catalane.

Comme souvent, les Barcelonais ont du mal à couvrir la profondeur dans leur dos, et se montrent friables sur les contre-attaques adverses (surtout si le milieu de terrain revient en marchant, comme face au Bétis). Les coups de pied arrêtés, autre traditionnel talon d’Achille maison, ne sont actuellement pas directement incriminés, avec « seulement » deux buts encaissés sur phase arrêtée. Sur ces deux buts, c’est surtout une certaine passivité qui saute aux yeux, un manque d’agressivité au duel que l’on retrouve dans bon nombre d’autres actions ayant fini leur aventure au fond des filets de MATS. C’est en effet une constante, en transition ou sur attaque placé ; les Blaugrana ont la fâcheuse habitude de ne pas se trouver suffisamment au contact, que ce soit du centreur ou du joueur à la réception. Une trop grande liberté de manœuvre pour les attaquants adverses, qui précipite le danger sur le but du pourtant brillantissime portier teuton.

Passivité, manque d’agressivité, réaction trop tardive plutôt qu’action préventive… tous ces maux sont le plus souvent personnifiés par Sergi Roberto, redondant coupable de la mauvaise attitude lorsqu’il faut défendre dans la surface. En point d’orgue, il a fait sa « spécialité » de mal fermer le second poteau sur les centres venus de l’aile opposée. Il symbolise un manque d’impact qui se retrouve de manière générale dans le reste de l’équipe.

Quelles explications tactiques ?

On connaît l’affection que porte Ernesto Valverde pour l’équilibre de son équipe. Il est d’ailleurs coutumier de sensibiliser ses joueurs offensifs aux nécessités de repli et de travail à la perte du ballon. Pour autant, son équipe prend l’eau… A la recherche d’explications sur cette détérioration de l’efficacité en défense, plusieurs hypothèses peuvent être défendues. Notamment celle du système, et celle des hommes.

Après le départ de Neymar et un mercato qui avait globalement affaibli son équipe, Valverde avait placé le curseur sur la prudence, en choisissant d’aligner son équipe dans un 4-4-2 en bloc médian. A la perte du ballon, le Barça se retrouvait assez souvent avec deux lignes de quatre bien dessinées entre le ballon et la surface de ter Stegen. Cette saison (même s’il faudrait faire un distinguo entre les grands matches et le train-train de Liga), le passage au 4-3-3, combiné à une volonté d’aller presser et d’avoir un bloc plus haut confère beaucoup plus de maîtrise au milieu de terrain. Le problème, c’est que les Barcelonais n’arrivent pas à maintenir une pression efficace pendant 90 minutes, ce qui provoque souvent des secondes mi-temps toutes en transition où se multiplient les occasions sur les deux cages. Même pendant leur période de pressing intense, les Catalans peuvent être mis en danger. Si la première ligne de pressing parvient à être cassée (ce que le Betis, par exemple, a très bien fait), on ne retrouve pas les deux lignes de quatre derrière le ballon comme l’an dernier, le milieu de terrain est dépassé et la défense exposée.

Lire aussi : le Barça sous son meilleur visage

Au-delà de ses considérations de système, le profil des joueurs alignés influe grandement sur la sérénité défensive que va dégager l’équipe. Déjà en fin d’année dernière, le Barça s’était montré beaucoup plus fragile, et cette période correspondait à l’arrivée dans l’équipe de Coutinho et Dembélé. Leur apport offensif avait évidemment fait passer un cap au Barça, mais ils rassuraient moins dans leur travail défensif que ne pouvaient le faire Paulinho ou André Gomes qui jouaient à leur place auparavant. Cette saison, l’intégration d’Arthur, arme privilégiée de déclenchement du pressing et prototype du joueur qui défend vers l’avant, accentue la tendance d’un Barça qui doit coûte que coûte récupérer le ballon rapidement après perte, au risque de s’exposer si la possession adverse parvient à progresser.

Enfin, on ne peut pas passer sous silence le niveau individuel des joueurs pour expliquer les différences entre les deux derniers débuts de saison. Certains, Piqué notamment, ont eu du mal à entrer dans leur temporada. Mais le rendement défensif de la saison passée était anormalement bon, le Barça surperformait dans ce domaine, et la vérité sur la solidité réelle était certainement un peu moins flatteuse que le faible total de buts encaissés ne le laissait croire. Cette surperf’ pouvait trouver une explication dans les prestations XXL de ter Stegen (c’est toujours le cas actuellement), mais aussi d’un Samuel Umtiti tout bonnement monstrueux à l’automne dernier, et dont l’absence actuelle se paie certainement, en dépit du bon intermède de Lenglet.

 

Quel remède alors pour inverser la tendance ? Plus que toute autre chose, la solution paraît se trouver dans l’attitude. On a vu le Barça cette saison, lorsqu’il est vraiment concerné, dominer et maîtriser globalement son sujet. En parvenant à étendre cette attitude sur la durée complète des matches, le FCB devrait parvenir à mieux se protéger. Surtout si, au duel, chacun rajoute un peu d’agressivité sur son adversaire direct.

 

Photo : Josep LAGO / AFP

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2 Commentaires

  1. bon article. mais en voyant bien notre match contre Bétis,on se rend compte que la défense est loin d’être notre principal problème. le milieu a été pour moi notre plus grand handicap et j’avais l’impression d revoir le match contre l’As Rome.je n comprend tjr pas la mise à l’écart d Dénis Suarez. pour moi il est le remplaçant idéal d’Iniesta.Coutinho est plus attaquant q milieu. il aurait dû avoir sa chance.

    • Je suis totalement d’accord avec vous Akakpo, le milieu du Barça est devenu plus fainéant, pas de recuperation des balles perdues, aucun soutien à La Défense en cas de contre attaques rapides, toujours à plus de 20 mètres loin de la ligne défensive, et pire encore le milieu de terrain pratique un football ennuyeux sans créativité ni variation de fond de jeu. Aussi j’ajoute l’entetement De valverde a garder Sergi Roberto en fullback malgré les multiples gaffes, match après match, Caoutinhio perd sa fraîcheur et n’arrive même à tirer un corner correctement, pire encore, sa masse musculaire fondue ne lui permet pas de gagner les duels. Les premiers 45mn étaient suffisants pour tirer ses conclusions mais comme d’habitude Valverde prend son temps avant d’agir. Le résultat est catastrophique. Il faut s’attendre à une autr3 humiliation du type de la Roma pour que la direction technique réagisse.

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