Barça : Une défense pour gagner la Champions ?

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Monstrueuse lors du dernier Clasico, la charnière Piqué-Lenglet impressionne et dégage une grande sérénité. Avec le retour d’Umtiti, le Barça dispose d’une triplette de centraux de tout premier plan. Un argument de poids pour viser le titre Européen, qui ses dernières saisons s’est souvent gagné sur la défense. Mais les Blaugrana pourraient y laisser une partie de leur identité.

Talon d’Achille. Historiquement, c’est en ces termes (ou quelque chose d’approchant) qu’est désignée la défense d’un Barça censé ne pouvoir construire ses succès que sur le jeu et les feux d’artifice offensifs. Cette saison ne semblait pas devoir déroger à la règle, puisque les deux premiers mois de l’exercice ont exposé une arrière-garde en grande souffrance. Depuis, la charnière notamment, portée par le niveau mondial de Piqué et Lenglet, a considérablement sécurisé l’équipe. Au point de lui offrir d’autres perspectives que celles qui lui collent traditionnellement à la peau. De quoi alimenter les conversations entre les pragmatiques et les traditionnalistes.

Défense de la surface…

Le FC Barcelone en bloc bas, hermétique sur sa surface et qui joue les transitions ? Impensable pour les puristes du club catalan. Pas pour Ernesto Valverde. Si le concept avait déjà été effleuré par Luis Enrique du temps de la MSN, Txingurri a poussé l’expérimentation un cran plus loin lors du dernier Clasico, notamment en seconde période. Après un premier acte globalement bien maîtrisé avec un bloc médian, le Barça avait reculé pour venir s’asseoir sur sa surface de réparation, privant le Real Madrid d’une profondeur qu’il avait dangereusement exploitée lors des face-à-faces en Copa. Sans grande inspiration balle au pied, les Livides s’étaient immanquablement échoués dans un entonnoir fermé à double tour par Piqué et Lenglet.

Eliminé trois fois consécutivement en quarts en Champions, le Barça doit-il s’inspirer de ce qui fonctionne dernièrement dans les grands tournois à élimination directe ? En Champions plus que dans n’importe quelle autre compétition, il faut savoir courber l’échine, sortir indemne de ses temps faibles. Plier mais ne pas rompre, comme le Roseau de la Fontaine. C’est ce qu’ont très bien su faire les derniers vainqueurs ou finalistes de la LDC, capables de nettoyer âprement leur surface autour d’une paire intraitable : Ramos-Varane pour le Real évidemment. Mais aussi Godin-Jimenez pour l’Atlético, Bonucci-Chiellini pour la Juve et Van Dijk (doit-on vraiment citer Lovren…) pour Liverpool. Le même son de cloche tinte du côté du foot de sélections. La France championne du monde s’est appuyée une un charnière souveraine (tiens, tiens, avec Umtiti, qui connaìt donc la musique…), comme l’avait été fait le Portugal en 2016 (PepeFonte). La plupart de ses équipes avaient également pu compter sur les occurrences décisives de leur gardien… Un domaine dans lequel ter Stegen a offert quelques garanties…

A lire : le futur de la défense, Jean-Clair Todibo

… Ou défense dans le rond central

Le Barça de Valverde n’est pas, loin s’en faut, le Barça le plus exaltant, le plus Cruyffiste de ces trente dernières années. Malgré tout, son équipe fait toujours partie de celles qui, en Europe, jouent le plus haut et le plus en possession. Dans sa filière ancestrale, le FCB s’installe dans la moitié de terrain adverse, défend en avançant et vit des fruits de son pressing. Plusieurs joueurs, au premier rang desquels Busquets, rayonnent dans cette configuration mais souffrent cruellement lorsqu’il faut courir vers son but et couvrir, dans son dos, des espaces sur 50 mètres.

Le modèle de jeu est ainsi fait que l’équipe expose ses centraux (qui ne sont pas les plus rapides du circuit) à couvrir des transitions dans toute leur moitié de terrain, souvent en égalité numérique face aux attaquants adverses. Ce n’est pas une nouveauté, ça existe depuis des années et les Catalans ont su faire avec, avec les succès que l’on sait, depuis plus d’une décennie. Dernièrement, lors de la réception de Valence puis du déplacement à Lyon, les Blaugrana nous ont offert deux prestations diamétralement opposées dans la gestion des transitions défensives. Face aux Che, constamment pris de vitesse (malgré un bon contenu par ailleurs dans la rencontre), le Barça avait affiché son visage le plus fragile de la saison, et n’avait sauvé le nul qu’à la faveur de mauvais choix adverses et aux fulguro-poings de MATS. Au Parc OL, à l’inverse, Piqué et compagnie n’avaient tremblé que sur des frappes lointaines, et la défense n’avait jamais été mise hors de position. Pas la peine de vous faire l’affront de vous expliquer laquelle de ces deux configurations a le plus de chances de vous emmener loin en Champions.

Ci-dessous, les statistiques avancées des trois matches mentionnés et pris en exemple. Au-delà du nombre de tirs subis, le Barça lorsqu’il est efficace défensivement (que ce soit en bloc haut ou en bloc bas) est capable de limiter le danger sur son but (xG against < 1 sur la rencontre) et de ne pas concéder de grosses occasions. Ter Stegen fait le reste. A l’inverse, lorsque les Catalans craquent devant la vitesse des transitions adverses, il prend l’eau de toutes parts, les xG et Big Chances s’accumulent.

Comparaison des stats avancées de trois matches de 2019 : victoire 1-0 face au Real (Liga), nul 2-2 contre Valence, nul 0-0 à Lyon (données understat.com et @BetweenThe Posts)

Valverde vers la Zidanisation ?

On sait le Père Ernest un peu frileux et fervent défenseur de l’équilibre. Si cette conception tranche avec les idées radicales d’un Guardiola, l’historique récent en Ligue des Champions tend à lui donner raison. Depuis la victoire des Blaugrana à Wembley en 2011, aucun des vainqueurs de l’épreuve (et pas beaucoup plus de finalistes) ne se sont avancés avec un visage exclusivement offensif. Le Barça de Lucho en 2015 était certainement celui qui s’en rapprochait le plus. Mais les candidats au titre suprême semblent condamnés à une forme de polymorphisme, être capables de savoir faire plusieurs choses. Savoir subir et savoir faire le jeu. Le Real de Zidane, triple lauréat, possédait certes un milieu de terrain de premier plan, capable de dominer et gérer des rencontres. Mais il a surtout construit ses succès dans les deux surfaces. Avec l’efficacité de Cristiano ou Bale (plus quelques montées de leur capitaine) devant. Et avec la capacité de nettoyage du trio Ramos-Varane-Navas derrière.

Valverde peut-il appliquer la même recette pour offrir au Barça sa sixième paire de Grandes Oreilles ? La prestation défensive à Bernabeu offre en tout cas une perspective. Même si on se doute que la philosophie de base restera la même, avec une volonté d’aller chercher l’adversaire dans son camp, on peut penser que les Blaugrana seront désormais capables ponctuellement, de subir sans céder à la panique. De laisser passer un orage, de quinze ou trente minutes, sans trop de dommages avant de revenir à ses principes et à sa possession. Rien qu’avec Messi, les Catalans possèdent une arme absolue pour déverrouiller les situations. Ajouter à cela une imperméabilité de la base arrière (autour de ter Stegen, Piqué et soit Lenglet soit Umtiti), c’est quasiment s’assurer de remporter les matches. Peut-être sans panache. C’est à ce moment-là que le pragmatisme et la culture du résultat télescopent le plaisir et l’ADN du club. Le débat est ouvert depuis la prise de fonction de Valverde, et ne risque pas de se conclure de sitôt.

Premier test au Camp Nou face à Lyon, face à une équipe qui adore les transitions…

 

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Photo : JAVIER SORIANO / AFP

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5 Commentaires

  1. merci Julien pour toutes ces analyses faites au bon moment. je voudrais bien, cher Julien, que tu nous fasses une analyse de défense à trois puisque le Barca dispose de trois grands centraux

  2. Salut. Pour la fin de saison je n’y crois pas du tout. Mais si le Barça prend De Ligt pour l’an prochain, alors ça pourrait devenir une option. Je me pencherai peut-être sur la question du coup…

  3. Très bonne analyse comme d’hab Julien!
    ajouté à ceux faits sur Rakitic et Arthur leur profil et leurs apports je crois qu’on est fixé sur ce qui va se passer pour la fin de la saison. Espérons que Valverde respecte le choix de faire jouer Arthur plus proche de Busquets et Rakitic plus haut sur le terrain. et naturellement que nos gladiateurs aient la forme et la chance qu’il faut au moment où il faut pour rafler le triplé tant désiré.
    quant à la saison prochaine il va falloir que les choses changent. on ne peut pas bafouer notre culture et notre identité première aussi longtemps

  4. Salut, tout d’abord, un grand merci à toi @Julien pour cette analyse pour le moins pointu (une fois de plus).
    Difficile pour moi de trouver à redire mais néanmoins une question sans doute candide/de néophyte me vient à l’esprit : à l’époque de la Pep Team, le FCB aussi dominateur, brillant et efficace qu’il était dans la possession et le jeu, reposait aussi sur une défense de fer, un triangle Valdés/Puyi/Piqué (avec Busi au dessus) d’où partait chaque action, et tous les joueurs (moins Messi, certes) offensifs contribuaient à l’effort défensif : replacement, marquage, pressing/harcèlement.
    D’où ma question : en quoi la Pep Team était si différente défensivement des standards européens actuels ?
    Pas tailler silvouplé moi gentil ^^
    Sinon oui, ça a l’air de bien avancer sur de Ligt, quel kiff ça serait d’avoir les deux Bataves , pourquoi ne pas tenter Ziyech avant qu’il coûte une blinde, il serait bien plus utile que les Malcom ou Coutinho.
    Bonne Champion »s à tous ce soir, j’espère que les gars vont manger du Lyon !

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