Benjamin Da Silva : « Je vois le titre se jouer entre l’Atlético et le Barça »

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Cette saison sera la sixième de Benjamin Da Silva chez beIN Sports. Voilà six ans qu’il commente le FC Barcelone, le Real Madrid et l’Atlético chaque week-end.

Certains veulent être pompier, footballeur, astronaute ou star de cinéma. Benjamin Da Silva, lui, a toujours voulu être journaliste. Plus précisément, commentateur. Aujourd’hui, l’objectif est atteint. Il y a peu de chances de regarder un match du FC Barcelone ou du Real Madrid à la télévision française sans entendre sa voix et celle d’Omar Da Fonseca. La Coupe du monde en Russie, son parcours, son métier et son avis sur la Liga, entretien avec un homme qui a réalisé son rêve de gosse.


Comment s’est passée cette aventure en Russie ?

« J’aurais aimé que l’équipe de France me fasse un tout petit peu plus kiffer »

La Russie c’était vraiment génial. Je ne connaissais pas ce pays et j’ai été très agréablement surpris. Tout était ultra-bien organisé. Franchement, il n’y a rien à dire. C’était grandiose, les stades étaient magnifiques, l’ambiance était géniale dans les villes… Moi, j’avais la chance de suivre les Argentins au départ. L’ambiance des Sud-américains était extraordinaire. Ça chante, ça danse tout le temps.

Qu’est-ce que ça fait de revenir victorieux d’une Coupe du monde ?
C’est assez particulier parce que, comme j’étais là bas tout le mois, je n’ai pas vécu l’effervescence qu’il y a eu en France. Je suis rentré en France le jour de la finale, donc j’ai maté le match et puis suis sorti pour voir l’animation dans la rue. Ça m’a évidement vachement rappelé 1998. Mais c’est bien sur une grande fierté. J’aurais juste aimé que l’équipe de France me fasse un tout petit peu plus kiffer en jouant un football un peu plus champagne. On savait par avance que ça allait être une équipe à la Didier Deschamps, c’est-à-dire qu’elle allait jouer pour le résultat, pour la gagne et pas autre chose. Mais voilà, champion du monde pour la deuxième fois. C’est un moment de grande fête en France et de rassemblement.

Quelles études avez-vous fait ?

« À l’époque, je m’enregistrais dans ma chambre, devant ma télé »

J’ai fait une maîtrise de communication à l’université. C’était mon rêve de devenir commentateur. C’était vraiment le rêve d’enfant que je voulais réaliser et dès que j’ai eu mon Bac, je me suis lancé. J’ai commencé des premiers stages à droite, à gauche, dans la presse locale où j’habitais, dans les Hauts-de-Seine. Je me suis lancé comme cela et j’ai tapé aux portes pour me faire un carnet d’adresse, pour rencontrer des gens, apprendre le métier sur le terrain. Après, j’ai fait des études de communication pendant quatre ans à la fac et, pendant ce temps, je commençais à travailler. En général, j’étudiais la semaine et je bossais le week-end en radio, presse écrite, télé. C’est comme cela que j’ai débuté et puis j’ai progressé, rencontré des gens, ça m’a permis d’avancer. Mais c’est un parcours un peu autodidacte avec une formation sur le terrain parce que j’avais très rapidement envie de travailler.

Vous entraîniez-vous déjà à commenter des matchs ?
Ah oui, j’avais un magnétophone, à l’époque c’était encore les VHS. Je mettais des matchs, des résumés, je m’enregistrais comme cela dans ma chambre, devant ma télé. J’ai eu la chance d’être parrainé, suivi par un ami de Canal Plus qui s’appelle Christian Delcourt. Il n’est plus là-bas depuis quelques années mais il commentait la boxe et aussi le foot. Donc je lui amenais mes enregistrements, je lui faisais écouter et lui il me corrigeais tous les défauts. C’est comme cela que j’ai appris au départ.

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Suiviez-vous déjà la Liga en priorité avant de la commenter ?

« Pendant un match, j’utilise 2% de tout ce que j’ai préparé »

Au départ je m’intéressais beaucoup à la Ligue 1 parce que c’est le championnat domestique. Mais après, quand tu te mets à travailler, tu traites tous les championnats. Moi, avant d’arriver à beIN, j’avais tout commenté : de la Ligue 1, de la Ligue 2, de la Liga, de la BundesLiga, de la Serie A, de la MLS, du championnat portugais, brésilien… C’est ultra-formateur parce que ça t’oblige à t’intéresser à tout. Et puis, effectivement, mes dernières années de pigiste à Canal Plus, je commentais déjà beaucoup de Liga. Je crois que mes deux, trois dernières années, je faisais de la Champions League, de l’Europa League, un peu de tout. Je ne faisais que des petits matchs, le bas de classement, mais ça me convenait très bien. À beIN, en 2012, quand ils m’ont recruté, ils m’ont dit Liga, donc t’es avec Omar Da Fonseca. Tout de suite, c’est Barça, Real et du rêve plein les yeux.

Quel est votre rituel pour préparer un match ?
J’ai des sites favoris sur lesquels je vais toujours. J’ai toute une partie statistique où je me base sur des sites sur lesquels j’ai mes repères, où j’analyse moi-même les résultats des équipes concernées, où j’en déduis moi-même des stats. Et puis il y a toute une partie avec des anecdotes que je vais chercher sur les sites officiels des clubs, dans la presse locale. Il y a tout ce travail en amont. Après, j’utilise 2% de tout ce que j’ai préparé. Mais au moins, avec ce que j’ai, je peux réagir par rapport à ce qu’il se passe sur le terrain dans n’importe quel cas. Ça, c’est tout le travail préparatoire. Et maintenant, il y a une nouvelle façon de travailler pendant le match. C’est-à-dire qu’il y a des sites statistiques qui nous permettent d’accéder pendant la rencontre à des infos en temps réel. Dans cette partie, j’essaie d’aller chercher deux, trois trucs en live.

Que faites-vous une fois que vous avez rendu l’antenne ?

« Girona-Barça à Miami, cest du marketing »

On se fait un petit débrief vite fait entre potes parce qu’il y a des choses qu’on se dit entre nous et qu’on ne dit pas de la même façon à l’antenne, c’est normal. Et puis on mange, on boit un coup, qu’est-ce qu’on fait la semaine prochaine ? De quoi on va parler lundi dans l’émission ?

Parfois vous commentez au stade, mais vous pouvez aussi être en cabine depuis Paris. C’est plus difficile de transmettre des émotions depuis une cabine ?
Ce n’est pas du tout le même chose parce que, quand tu es au stade, tu vois les choses différemment, tu es pris dans l’ambiance, les émotions sont plus importantes, c’est évident. On a quand-même fait beaucoup de matchs en cabine et je pense qu’on arrive malgré tout à transmettre quelque chose. C’est sûr que c’est complètement différent, au stade c’est beaucoup mieux, mais en cabine ça s’apprend. Moi, quand je commente un match en cabine, j’aime beaucoup être dans l’ambiance. On a un petit bouton qui nous permet de régler le volume de l’ambiance du stade, je le mets toujours très fort parce que j’aime bien entendre l’ambiance à fond, les supporters, donc ça positionne aussi ma voix à un certain niveau et quand il y a un but ou une grosse action, je suis aussi poussé par les cris des supporters pour transmettre quelque chose.

Les deux premiers match du FC Barcelone et du Real Madrid cette saison en Liga ont été programmés à 22h15. Est-il plus contraignant de commenter un match à cette horaire ?

« Le seul truc que je veux, c’est que le championnat reste serré le plus longtemps possible pour qu’on ait un gros suspens »

Non, pour moi ça ne change absolument rien. Maintenant, il y a des matchs à tous les horaires. Nous avons eu un Clasico à 13h l’année dernière. Et puis, en Espagne, il y a régulièrement des matchs à 22h au mois d’août, par rapport au climat notamment, parce qu’il fait très chaud. Ça ne change rien, c’est le match qui compte, quelque soit l’horaire, c’est parti.

Cette saison, il est prévu que le match Girona-FC Barcelone du 27 janvier prochain se joue à Miami, en Floride. Quel regard portez-vous, en tant que journaliste et commentateur, sur cette décision de la Liga ?
Tout ceci est du marketing. Cela ne me surprend malheureusement plus. Si aujourd’hui il y a des matchs qui sont diffusés à midi, 13h comme le Clasico, c’est aussi pour le business, la visibilité de La Liga à l’étranger afin de séduire de nouveaux continents. En tant que journaliste, ça ne change rien pour moi. Un match reste un match. Mais je me mets aussi à la place des supporters et c’est là que cette décision est très sensible. Les supporters ne pourront pas être derrière leur équipe dans les conditions habituelles. La colère, la menace de grève, tout se comprend. C’est un plaisir mais surtout un événement pour une équipe d’accueillir dans son stade en Espagne le Barça ou le Real. Là, la délocalisation va dénaturer cela.

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Les pro-Barça vous accusent d’être pro-Real et les pro-Real vous accusent d’être pro-Barça. Qui supportez-vous au final ?

« La chance que j’ai, c’est le duo avec Omar »

(rires) C’est super drôle ! Franchement, ce genre de critiques, j’en reçois assez peu. Il y en a toujours, mais globalement, ce sont plutôt des retours ou des remarques assez sympas. Et oui, effectivement, quand je commente le Barça, il y en a qui sont convaincus que je suis pour le Real et quand je commente le Real on est convaincu que je suis pour le Barça. Mais quand je commente l’Atlético, Valence ou Séville on ne me dit rien. Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas du tout supporter. Je fais ce métier, je commente par passion. J’estime que c’est un privilège de commenter Barcelone, le Real et l’Atlético. Je ne suis absolument pas partisan. Je m’appelle Da Silva donc j’ai beaucoup plus d’attache au Portugal. Si vous m’aviez demandé quelle équipe je supporte au Portugal, j’aurais répondu Benfica. Mais l’Espagne, dès que je mets mon casque, je ne suis absolument pas supporter. La seule chose dont j’ai envie, c’est de kiffer, prendre du plaisir, admirer – parce que ce sont des spectacles qui s’admirent – mais moi, idéalement, chaque saison, le seul truc que je veux, c’est que le championnat reste serré le plus longtemps possible pour qu’on ait un gros suspens.

Avez-vous un club de cœur en France ?
Je suis Portugais donc j’aime Benfica et je suis Parisien donc j’aime aussi Paris.

La remontada n’était pas trop difficile à commenter ?
Franchement non, dans ces moments-là, je ne suis pas du tout supporter. Dès que je mets un casque, tout cela reste à la maison et je commente l’événement comme il se présente. La remontada, je l’ai commentée, j’espère, comme un truc historique, de légende, sans être pour Paris ni pour Barcelone. Je n’arrive pas à commenter en prenant parti et je n’en ai pas envie.

Comment avez-vous vécu la perte des droits TV de la Ligue des champions par beIN Sports ?

« Eric Abidal est quelqu’un qui a un gros réseau »

C’est un coup dur, forcément, je ne vais pas mentir, parce que c’est un droit premium, parce que ce sont des matchs ultra-pretigieux. Mais c’est le jeu. Pendant six ans, on a eu la Champions League et on s’est régalés. Aujourd’hui, il y a des appels d’offre tous les deux, trois, quatre ans, les droits viennent, les droits partent, ça fait partie du jeu, il faut l’accepter. Et puis, je pense qu’à beIN, on est encore ultra-bien servis. On a toujours la Liga, la Serie A, la Bundesliga, on rentre de la Coupe du monde en Russie, on aura la Coupe du monde au Qatar, on a de Ligue 1 jusqu’en 2024, même dans les autres sports on a du tennis, tous les sports US, du handball… (il souffle) On a tellement de choses que je pense qu’on est encore très, très bien à beIN.

Quelles sont les qualités qui vous permettent de faire partie d’un des meilleurs duos de commentateurs du pays ?
C’est délicat, il faudrait demander aux gens qui nous écoutent et qui nous apprécient. Je ne sais pas si je suis bien placé pour répondre à cela. Moi, ce que j’essaye de faire – je ne dis pas que je réussis mais bien que j’essaye – c’est déjà d’être très professionnel, très bien préparer mes matchs, maîtriser complètement mon sujet. Ça, c’est pour le fond. Et puis pour la forme : mettre de la passion, de la joie, de l’enthousiasme, parce que c’est un beau métier, parce le foot c’est un spectacle, la télévision c’est aussi un divertissement. Voilà les quelques ingrédients que j’essaye de mettre. Du travail et de la bonne humeur, du sourire et puis évidemment, la chance que j’ai, c’est le duo avec Omar. Qu’on s’entende aussi bien à l’antenne ou en dehors, on se comprend, on se connaît par cœur, tout cela, ça rejaillit et je pense que c’est surtout le duo qui est très apprécié.

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Justement, vous avez commencé votre duo en 2012. Vous imaginiez-vous avoir autant de succès à cette époque-là ?

« Je vois le titre se jouer entre l’Atlético et le Barça »

Non parce que je ne m’étais jamais fixé cela comme objectif. Je ne m’étais jamais dit : « Il faut qu’on soit connus, que les gens nous aiment. » On avait commenté quelques matchs ensemble, mais au début, on voulait surtout apprendre à se connaître, faire en sorte que le duo fonctionne bien, que moi je m’adapte à sa personnalité donc c’était surtout cela le point de départ. Et puis transmettre des émotions, des intensités, le plaisir qu’on a de travailler ensemble, de commenter des grands matchs parce que c’est un privilège.

Vous avez côtoyé Eric Abidal à beIN Sports lorsqu’il était consultant. Aujourd’hui, le voilà directeur technique du FC Barcelone. Est-ce un bon choix pour le club ?
Oui, déjà parce que c’est quelqu’un qui connaît le club par cœur. Je pense que c’est toujours bien que des anciens s’investissent dans leur club. Je pense que c’est quelqu’un qui a un gros réseau. C’est bien pour lui et bien pour Barcelone.

À votre avis, qui va gagner la Liga cette saison ?

« Commenter un match, poser sa voix, ça s’apprend tout cela »

Moi je vois le titre se jouer entre l’Atlético et le Barça. Pour moi, l’Atlético est encore ultra-fort, c’est une équipe qui va jouer le titre, qui n’a aucune lacune, aucune faille, qui sait faire déjouer les autres, ils ont doublé tous les postes. Le début de championnat est peut-être manqué mais cette équipe est pleine de ressources. L’Atlético est capable de tout. Il faut s’en méfier jusqu’au bout.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes journalistes qui rêvent d’être à votre place ?
De bosser, parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de boulot. Commenter un match, poser sa voix, ça s’apprend tout cela. Il y a beaucoup de travail en amont à faire sur la voix, le contenu des matchs à donner, à apporter. Et puis s’approcher du milieu le plus possible. C’est-à-dire faire des stages, des piges, commencer en bas de l’échelle parce que c’est aussi comme cela qu’on apprend énormément. Être déterminé, passionné. La passion, c’est le moteur. Et puis ne rien lâcher, aller jusqu’au bout parce qu’au final, quand on y arrive, il n’y a rien de plus beau.

 

Photo : Miquel Llop/NurPhoto

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