Coutinho-Dembélé, inversion de tendance

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Depuis leur arrivée dans la cité catalane, les deux recrues les plus onéreuses de l’histoire du Barça ont alterné le bon et le moins bon, sans jamais connaître simultanément leur pic de forme. Coutinho traverse actuellement sa période la plus creuse, teintée d’interrogations sur son positionnement. Dembélé, de son côté, surfe sur une réussite sans précédent, faisant fi d’un extrasportif encombrant. Alors que leurs trajectoires se croisent, se pose la question de leur association ou de leur mise en concurrence…

Tous deux débarqués à Barcelone avec le poids de l’après-Neymar, voire de l’après-Iniesta, punaisé sur les épaules, Philippe Coutinho et Ousmane Dembélé ont connu une première saison en pointillés sous le maillot Blaugrana. Mercato tardif, blessures, non-qualification pour la Champions, l’un comme l’autre ont vu les péripéties leur barrer le chemin de toute continuité dans le onze titulaire, si bien que leurs débuts n’ont été effectifs qu’au mois de Février 2018. Le début de saison 2018-19 devait donc donner lieu au véritable coup de feu de leur aventure au Barça. Malheureusement, alors que l’on a copieusement entamé le quatrième mois de compétition, aucun des deux joueurs ne s’est définitivement imposé comme un taulier. La faute au rendement inégal de chacun, ainsi qu’à un retour cette année au 4-3-3 qui ne leur dessine pas nécessairement un fauteuil sur-mesure dans l’équipe de départ.

Coutinho, en difficulté sur l’aile

Coutinho reçoit le ballon, et tourne en rond sur lui-même. Ce dribble, un des préférés de sa panoplie, ressemble aujourd’hui à une métaphore de son intégration dans le jeu blaugrana. Le Brésilien, qui avait plutôt convaincu depuis son arrivée, et en tout cas donné envie d’en voir plus, a paru subir un net coup d’arrêt lorsqu’il a été replacé sur l’aile par Valverde. Dernièrement, ses prestations soulèvent plus de questions que d’enthousiasme.

Placé à gauche dans le 4-3-3, bien qu’il s’agisse a priori de sa position naturelle, Petit Couto peine et son registre ne colle pas exactement à celui d’un ailier type du Barça. Il manque d’explosivité et de verticalité, surtout lorsque c’est Messi qui occupe la pointe (avec un faux 9 qui décroche, les ailiers doivent plonger dans la profondeur, un rôle plus adapté à Dembélé et Malcom). On peut également lui faire le reproche d’être assez prévisible, puisqu’il emprunte systématiquement le chemin vers l’intérieur du terrain. Cette manie devrait pourtant être complémentaire des déplacements d’Alba le long de la touche, mais pour le moment l’alchimie ailier-latéral n’a pas encore cliqué. Pour toutes ces raisons, auxquelles il faut ajouter une fâcheuse tendance à ralentir le jeu, on peut penser qu’il serait plus utile un cran plus bas. Même si cela l’éloignerait de la zone de vérité, où sa frappe et son jeu dans les petits espaces peuvent faire des maravilhas.

Autant être honnête, les performances de Philou en relayeur n’ont pas encore subjugué les tribunes du Nou. Mais le trio du milieu pourrait grandement profiter de ses caractéristiques. La triplette titulaire à l’heure actuelle, Busquets-Rakitic-Arthur, excellente dans la protection du ballon, est moins habile pour faire progresser le jeu vers l’avant. Surtout, Arthur et Rakitic sont deux interiores qui jouent « en-dessous » de la ligne de pressing adverse, ils ne viennent jamais de situer entre les lignes. C’est là que Coutinho prendrait tout son sens. En se situant un cran plus haut que l’autre relayeur, et deux plus haut que Sergio, il formerait la pointe haute d’un triangle où aucun joueur ne se situe à la même hauteur (principe de base du jeu de position), et serait le relais parfait entre la salle des machines et l’attaque. Dans l’effectif actuel, à part Aleña ou Puig, pas grand monde n’a le profil pour jouer ce rôle. S’il veut être celui-là, Couti va devoir travailler sur sa visibilité et sa disponibilité à l’intérieur d’un même match, lui qui donne plus dans les fulgurances que dans la constance. Ça ne lèvera pas d’un coup de baguette magique les doutes sur sa « non-formation » au poste, mais ce sera déjà un début…

Au-delà de toute considération tactique, l’explication du Coutinho palôt que l’on voit aujourd’hui tient peut-être, tout simplement, du cycle de forme. Les joueurs connaissent tous (OK, sauf un, qui porte le n°10…) des périodes creuses, en témoignent les débuts de saison de Suarez et Piqué, revenus depuis à un niveau mondial. Il n’est donc pas impossible que Philippe soit le joueur le plus brillant sur la pelouse d’ici quelques semaines, une fois qu’il sera remonté sur le haut de la vague.

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Dembélé, la dynamite

Constamment au centre de l’attention depuis qu’il est culé, Ousmane Dembélé vient, sur la dernière poignée de rencontres, d’éclabousser le Barcelonisme de son talent. Atlético, Villarreal, PSV, Espanyol puis Tottenham, le Français a enchaîné, et donné l’impression d’avoir définitivement desserré le frein à main pour envoyer les chevaux dans la prairie. Son jeu affiche toujours les mêmes lacunes, choix discutables, pertes de balles idiotes et sautes de concentration. On attend toujours qu’il réalise de temps à autres (ou même… une seule fois, pour commencer) un match totalement accompli de A à Z. Mais le Barça actuel, avec les limites qui sont les siennes dans l’idée collective, ne peut pas se passer du potentiel d’élimination de Dembouz. Sa capacité à faire des différences, à gagner facilement 30 à 40 mètres en transition, son côté totalement imprévisible sont au cauchemar pour les défenses et une bénédiction pour l’équipe de Valverde. Qui plus est, dans un onze qui a tendance à temporiser et faire tourner le ballon, il est le seul avec Messi à pouvoir accélérer le jeu à tout moment.

Dernièrement, Ous a montré un plus grand confort sur l’aile droite, où son entente avec Semedo devient un des maillons forts de l’équipe. Immanquablement, le retour de Suarez dans l’équipe-type va enclencher un effet domino, qui enverra Messi à droite et Dembélé, par effet rebond, à l’opposé. A gauche, Jordi Alba est un monomaniaque du débordement, ce qui pourrait limiter le champ d’action de Dembélé, mais leur association avait bien fonctionné en début de saison. Si l’on devait chercher une faiblesse au jeu de l’ancien Rennais (à part évidemment ses prises de décision et ses pertes de balles), elle est certainement à chercher dans les petits espaces. Face à une défense regroupée adossée à sa surface, ses crochets ont tendance à perdre de leur impact, et sa capacité de combinaison n’est pas aussi développée que celle d’un Coutinho, par exemple.

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L’un, l’autre, ou les deux ?

Coutinho, Dembélé, ou les deux ? Cette question, qui ressemble à l’intitulé d’une épreuve de Sel ou Poivre dans Burger Quiz, doit cheminer régulièrement dans la boîte crânienne d’Ernesto Valverde. Le Txingurri possède cette saison un effectif riche, en quantité et en variété de profils (même s’il ne semble pas vouloir l’utiliser à 100%). Aussi, s’il considère l’ancien Red comme un ailier, et en partant du principe que Suarez et Messi occupent quoi qu’il arrive deux des trois postes en attaque, Ernest a le choix entre le Français et le Brésilien pour le poste d’ailier gauche. Un choix à 300 M€… Surtout, le coach aura tout loisir de privilégier Couti dans un match où le Barça devra jouer sur attaque placée, ou la Dembe si le match est plus ouvert et favorise les contre-attaques.

Si l’on doit réfléchir à une possible association, par la force des choses Coutinho redescendrait d’un cran, pour reformer le triangle à gauche avec Alba et Dembélé, qui avait vampirisé le jeu de l’équipe en Septembre. Cette formule est alléchante, d’autant plus si Arthur était associé en tant que relayeur droit, mais on imagine assez mal Valverde aligner une équipe aussi offensive (on l’imagine mal se passer de Rakitic comme titulaire, aussi, pour être honnête). A défaut d’être pérennisée comme le fameux « onze de gala », cette composition mériterait au moins d’être testée, ne serait-ce que dans un match à domicile contre une équipe de milieu de tableau. Ça tombe bien, le Celta se pointe au Nou dans dix jours…

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Statistiquement : Coutinho plus créateur, Dembélé plus dangereux

Au jeu des comparaisons chiffrées, à deux semaines de la trêve, Coutinho et Dembélé se situent dans des temps de passage assez voisins, et tout à fait honorables. Même si leur niveau de jeu global reste sujet à débat, leur contribution au bilan offensif de l’équipe reste non-négligeable. Et la comparaison fait sens puisqu’ils affichent des temps de jeu relativement semblables, même si le Brésilien a été baladé entre l’aile et le milieu de terrain. Le Champion du Monde, lui, n’a fait la bascule qu’entre les couloirs droit ou gauche.

Statistiques saison 2018-19, en Liga et Champions League (source understat.com et uefa.com)

Sur un échantillon quasi-équivalent, Dembélé se montre un peu plus décisif que son partenaire, puisqu’il est directement impliqué sur 13 buts, contre 8 à Coutinho. Le numero 7, de son côté, tire en moyenne une fois de plus, en usant de sa spéciale enroulée du droit.

Statistiques avancées 2018-19, uniquement sur la Liga (source understat.com)

La lecture des statistiques avancées confirme l’impression visuelle laissée par les deux joueurs. Coutinho compile une plus grande contribution aux Expected Goals, car il a un plus grand volume de tirs. Il s’agit souvent de frappes hors-surface, à faible taux de réussite, ce qui explique que Dembélé ait une meilleure efficacité devant le but, lui qui prendra sa chance dans de meilleures situations [Ils sont les 3e et 4e contributeurs de l’équipe, loin de Suarez avec 11,75 et Messi 7,94]. La contribution aux Expected Assists (passes potentiellement décisives) est bien supérieure pour Dembouz, qui a plus tendance à chercher la passe aux abords ou à l’intérieur de la surface adverse [Dembélé est 2nd derrière Messi (6,44). Coutinho est 7e de l’équipe].

Autre indice de participation à la production offensive de l’équipe, les xG Chain et xG BuildUp tiennent compte de toutes les passes en amont d’une occasion, lors de la construction de l’action. Dans ce registre, on constate que Couti est beaucoup plus impliqué. Dembélé, avec ses rushes solitaires, pousse souvent les actions lui-même jusqu’à la surface adverse, et est donc moins « représenté » dans les phases intermédiaires [Au xG Chain, qui représente le mieux la contribution globale dans le jeu, Coutinho est 4e, Dembélé 8e, derrière Suarez avec 15,16 et Messi avec 13,55].

Pour ceux qui veulent aller plus loin, vous trouverez ci-dessous la totalité des frappes tentées par Coutinho et Dembélé en Liga cette saison. Où l’on constatera que Philippe tente plus souvent de loin, qu’il est plus souvent contré, mais aussi qu’il cadre beaucoup plus souvent qu’Ousmane.

Source : understat.com

 

Photos : Mikel Trigueros / Urbanandsport / NurPhoto  – Xavier Bonilla / NurPhoto – MANUEL BLONDEAU / AOP PRESS / DPPI – IRH / SpainDPPI / DPPI

 

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2 Commentaires

  1. Très bon article et très objectif.
    Bref on a un des meilleurs effectifs de cette dernière décennie mais c’est à Valverde de trouver le moyen de l’utiliser parfaitement et d’exploiter entièrement ce potentiel qui ferrait rêver n’importe quelle équipe du monde.
    Lorsque je suis des commentaires sur comment certains entraîneurs se comportent avec leurs joueurs aux entraînements pour tirer le meilleurs d’eux (spécialement leur montrer quels types de déplacements ils ont besoin du joueur) je viens à me demander si le nôtre fait pareil avec nos joueurs.
    espérons que contre Levante demain ou contre Celta Vigo le weekend prochain il réessaiera d’aligner Coutinho et Dembouz dans le 11 de départ avec Luisito et Messi

  2. Très bel analyse. Seulement il y a toujours certaines questions que l’on se pose.
    1- Avec Suarez et Messi dans le jeu, Valverde a-t-il le cran de les faire jouer ensemble en mettant Rakitic sur le banc?
    2- Valverde a-t-il les capacités réquises pour manager cette palette de joueurs? Cela reste à désirer que on voit son manque de prise de risque.
    3- Que devient Malcom dans tout cela? A-t-il une chance?
    4- Ne peut-on appliquer un système 4-2-1-3 en les utilisant tous deux?
    Sans toutefois me subsister à l’entraîneur, je souhaite mieux comprendre.

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