EXCLU / Jérémie Bréchet : « J’avais l’impression que Samuel Eto’o survolait »

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Demain (samedi) après-midi, à 16h15, le FC Barcelone se déplacera chez la Real Sociedad dans le cadre de la quatrième journée de Liga. Jérémie Bréchet, défenseur du club basque de 2006 à 2008, revient sur cette époque et sur un match face au Barça.

Depuis cet été, Jérémie Bréchet est un footballeur retraité. À l’age de 39 ans, l’ancien défenseur de l’Inter Milan et du PSV Eindhoven – deux futurs adversaires du Barça en Ligue des champions, entre autres,- a raccroché les crampons. Il peut désormais se pencher sur deux projets personnels : l’accompagnement de sportifs néo-professionnels hommes et femmes d’une part, et le poste de coach adjoint U13 de l’OL. « Je vis à 200 à l’heure », souffle-t-il. Dans un train direction Paris, Jérémie Bréchet a accepté de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur jusqu’à son passage à la Real Sociedad, opposant aux Blaugranas ce week-end et club mythique du championnat espagnol.


Comment avez-vous été amené à signer à la Real Sociedad ?

« Quand on débarque de l’Inter, on est regardé un peu différemment »

C’est Raynald Denoueix qui m’a contacté quand j’étais à l’Inter et c’est avec lui que j’ai parlé football. Je suis parti là-bas pour le foot, pour que je m’entraîne, je le connaissais bien sûr d’avant. Il voulait plutôt me faire jouer dans l’axe.

Mais Raynald Denoueix a été viré juste avant votre arrivée…
Oui, c’est assez cocasse comme situation. L’un des pré-requis pour que j’aille là-bas c’est qu’il soit coach de la Real et il devait m’appeler pour me dire s’il restait ou pas. Il sortait d’une réunion avec les dirigeants et il me dit : « C’est bon je vais re-signer deux ans la semaine prochaine. » Entre temps, je signe mon contrat avec la Real et deux jours après il se fait virer.

Vous sortiez d’une saison un peu compliquée à l’Inter Milan. Comment avez-vous été accueilli par les dirigeants, les entraîneurs, les joueurs ?

« À l’Inter, il y a une pression constante »

Très bien, parce que quand on débarque de l’Inter, on est regardé un peu différemment je pense. Mes deux premiers mois de pré-saison ont été bons, mais après, en septembre, je me suis pété le tendon d’Achille, rupture partielle, donc les complications ont commencé. Les débuts ont été vraiment sympas, je suis arrivé dans un club très familial un peu comme le Lyon que j’avais quitté un an auparavant. La Real est vraiment un club avec des valeurs.

Dans Le Vestiaire sur RMC Sport, vous parliez d’une ambiance où c’était « chacun pour sa gueule » à l’Inter Milan. Comment était l’ambiance à la Real Sociedad ?
C’était super, extraordinaire. Toutes les semaines ou tous les quinze jours, il y avait des anniversaires ou des repas, on allait manger ensemble une fois par mois… Il y avait de très bons joueurs et de très bons mecs. Je me suis régalé.

C’est comment de passer du football italien, réputé plus physique, au football espagnol où c’est la technique qui prime ?
Oui, ce n’est pas pareil. Le football italien est un football beaucoup plus tactique, plus arrêté, il y a beaucoup plus de duels. C’est un enchaînement de situations qui fait qu’on est très souvent au duel en un-contre-un alors qu’en Espagne, c’est un football de mouvement, c’est ça qui fait la différence. Ça va beaucoup plus vite, toutes les équipes sont portées vers l’offensive. En Italie, toutes les équipes sont portées vers la rigueur et la tactique. La Serie A ressemble beaucoup à la Ligue 1, quoi qu’on en dise. La seule différence, c’est la puissance financière des clubs qui fait qu’il y a de meilleurs joueurs.

Quelle différences avez-vous ressenti entre l’Inter Milan et la Real Sociedad ?

« La mentalité basque est une mentalité de lutteur, de bagarreur »

À l’Inter, il y a une pression constante. La pression du football, du vestiaire, des supporters, des gens autour ou à l’intérieur du club est toujours là donc je trouve qu’il y a moins de notion de plaisir. Ou alors c’est pour une certaine catégorie de personnes vraiment fortes mentalement. À la Real Sociedad, il n’y en avait pas du tout. C’était un club qui n’avait pas vraiment de pression même s’il sortait d’une saison en Champions League, c’est pour ça que c’est un club familial.

Le Barça a toujours eu du mal à gagner à Anoeta. Comment expliquez-vous cela ?
La mentalité basque est une mentalité de lutteur, de bagarreur, un peu comme les Corses, d’ailleurs (Jeremie Bréchet a joué au Gazélec Ajaccio de 2014 à 2018). En plus, à la Real, comme il y a beaucoup de joueurs issus de la cantera, il y a un fort sentiment d’appartenance, ce qui fait que dans les matchs importants, la motivation et la détermination se décuplent. C’est pour cela que contre le Barça ou le Real Madrid, ce sont des matchs où la Real s’en sort bien.

D’ailleurs le 26 mai 2005, vous étiez sur le terrain lors de la dernière journée de championnat contre le Barça. Vous aviez fait 0-0. C’était un Barça complètement différent de celui d’aujourd’hui, notamment parce que Messi ne s’était pas encore imposé dans l’effectif. Vous souvenez-vous de ce match ?
Je me souviens qu’on était solide. Je me rappelle surtout de Samuel Eto’o. En fait, c’était la manière qu’il avait de courir, de jouer, j’avais l’impression qu’il survolait. Comme s’il ne touchait pas le terrain. Je ne sais pas comment expliquer cela, mais il était tellement félin, léger et rapide dans les appuis que c’était un joueur qui était vraiment incroyable.

Quel souvenir gardez-vous de votre passage à Saint-Sébastien ?

« Ibrahim Afellay, c’est le type de joueurs dont ou pouvait dire qu’il aurait pu jouer partout »

Un très bon, même si j’ai eu deux grosses blessures qui m’ont vraiment coupé dans mon plaisir. Mais l’ambiance du club et le soutien que j’ai eu étaient assez extraordinaires. J’ai beaucoup de déception de ne pas avoir pu leur rendre leur confiance parce que j’avais signé quatre ans et j’aurais bien aimé les faire mais, au bout de deux, il y a eu un changement de politique du club donc on m’a demandé de partir, mais je peux le comprendre.

Au PSV Eindhoven, en 2008-2009, vous avez joué avec Ibrahim Afellay. Avez-vous été surpris de le voir partir au Barça en 2011 ?
Non je n’étais pas surpris, au contraire, c’était un gros, gros potentiel. Ibrahim, c’est le type de joueurs dont ou pouvait dire qu’il aurait pu jouer partout. Très rapide, très vif avec le ballon, très bon techniquement, dans les dribbles et l’élimination des joueurs… Le seul truc, c’est peut-être sa capacité à encaisser les efforts et les coups. Mais il aurait pu réussir. D’autant plus que la philosophie de jeu du PSV est assez proche de l’Ajax et du Barça. Finalement, ça n’a pas trop marché, peut-être qu’il y avait aussi le départ de chez lui, ce n’est pas simple. Au PSV c’était un peu le petit roi. Il y a des joueurs comme ça qui ont du mal à partir de chez eux, qui ont du mal à se faire à une autre ville et une autre vie.

 

Photo : RAFA RIVAS / AFP

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