EXCLU / Martin Lasarte : « Il reste trois ans à Luis Suarez au plus haut niveau »

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Martin Lasarte est l’entraîneur qui a permis à Luis Suarez de faire ses premiers pas en équipe première, au Nacional Montevideo. Il revient sur l’attaquant qu’il a connu et son évolution jusqu’à aujourd’hui.

C’est à l’age de 18 ans que Luis Alberto Suarez débarque dans la cour des grands. À l’époque, l’Uruguayen n’est pas encore le « Pistolero » qu’il est aujourd’hui. Il a même du mal à faire son trou. Heureusement pour lui, Martin Lasarte, son entraîneur, lui fait entièrement confiance. On connait la suite. Désormais, l’entraîneur est en « période de repos » et peut prendre le temps de se remémorer quel joueur était « Luisito » et ce qu’il est devenu.


Vous avez eu Luis Suarez pendant un an et demi. Qu’avez-vous vous vu chez lui qui vous a convaincu de le faire monter en équipe première ?
Il m’a surpris parce que c’est un attaquant avec des caractéristiques que nous n’avons pas l’habitude de voir en Uruguay. C’est un attaquant qui, s’il est tout seul, tu lui donnes un ballon, et il se créera lui-même une situation de but. Dans le cas de Luis, il prenait parfois des ballons sur des passes de ses coéquipiers ou des erreurs de l’adversaire et se générait une occasion de but. Cela m’a beaucoup surpris. Mais pas une fois, hein ! Des dizaines ! Et après, sa détermination. Il était convaincu d’y arriver à chaque action. Il avait une confiance en lui que peu avaient à cet âge. Il a réussi une saison fantastique à Liverpool en jouant pratiquement seul. Luis est un attaquant qui n’a pas besoin de beaucoup d’aide.

Avez-vous du le défendre au début après ses premiers matchs parce que les supporters ne l’appréciaient pas ?

« Je me rappelle qu’il a dit qu’il allait jouer à Barcelone »

Au National, il était un peu comme aujourd’hui, plus jeune mais avec beaucoup de détermination, beaucoup de confiance en lui, c’était un petit buteur. Ses débuts ont été difficiles car il n’arrivait pas à marquer. Il avait un appétit du but sans relâche. Sa qualité technique s’est améliorée, son coup de pied, son jeu de tête, ses mouvements sur le terrain. Au début, ses quatre ou cinq premiers matchs comme titulaire ont été discutés. Il jouait bien mais le buteur a besoin de buts. Il a manqué un but assez simple et nous avons eu un problème avec une partie des supporters. Pourtant, cela ne l’a pas affecté. Il était convaincu de marquer. Dans la semaine, il répétait les actions qu’il n’avait pas pu mettre avec un gardien dans les buts ou nous lui mettions quelques difficultés dans les cages pour répéter l’action et lui donner de la confiance. Et il a continué à s’entraîner.

Est-ce une situation difficile à vivre aussi pour l’entraîneur ?
En réalité, c’était bizarre parce qu’il est un joueur du centre de formation, c’est un joueur du club, et que cela génère en principe de la sympathie de la part du public. Ce n’étaient pas tous les supporters qui le critiquaient, c’était un groupe. Je lui ai dit de ne pas se préoccuper. Pour l’entraîneur, ça fait partie du travail. Surtout quand le joueur est jeune, comme l’était Luis à ce moment là.

Le Luis Suarez d’aujourd’hui est-il différent de celui que vous avez connu il y a dix ans ?
C’est un homme, il a une famille… Pour certaines choses, il est encore comme un enfant. Je l’ai vu beaucoup de fois après et avec moi il est toujours très doux et accessible.

Vous attendiez-vous à le voir arriver si haut ?

« La saison dernière, Luis a eu des difficultés physiques »

On peut me poser la même question pour Suarez que pour Antoine Griezmann (que Martin Lasarte a également coaché à la Real Sociedad entre 2009 et 2011, NDLR), c’est la même chose, mais c’est très difficile de deviner qu’ils vont devenir ce qu’ils sont. Luis avait beaucoup de qualités, mais qu’il soit attaquant de Barcelone… Une fois il l’a dit. Nous sortions du terrain après un entraînement et nous parlions un peu de comment il se sentait, de la vie, du football… Je me rappelle qu’il a dit qu’il allait jouer à Barcelone. Sa petite amie – Sofia Balbi, qui est sa femme aujourd’hui – vivait en Catalogne.

Neymar manque-t-il à Suarez ?
Non parce qu’au final, quand on regarde les buts de Suarez dans l’année, il en a marqué un paquet (25 toutes compétitions confondues, NDLR). Mais je crois que Luis, la saison dernière, a eu des difficultés physiques qui se sont remarquées à certains moments. Mais nous verrons la saison qui arrive.

Suarez a déclaré qu’être Uruguayen est un sentiment. Partagez-vous cet avis ?

« Luis a encore tout pour jouer à haut niveau »

Je suppose que c’est le même sentiment qu’il peut y avoir chez d’autres nationalités. Je ne peux pas parler des autres, je ne peux parler que d’une seule. C’est un sentiment de fierté qu’on a dans un petit pays. C’est un peu cela. Nous avons une histoire très forte. L’Uruguay a quasiment dominé le football mondial dans les années 20. Il a été champion deux fois, au niveau des clubs aussi. Il y a eu des joueurs fantastiques. Nous ne sommes que trois millions d’habitants. Le match n’est jamais fini jusqu’à ce que la fin ne soit sifflée. Je ne sais pas si c’est un sentiment très différent des autres pays.

Combien d’années reste-t-il à Suarez au plus haut niveau ?
Je ne sais pas. Cela dépend de beaucoup de choses. C’est compliqué parce que, généralement, les attaquants sont touchés à cause des nombreux coups qu’ils reçoivent, il y a beaucoup de contacts. Après, il y a beaucoup de facteurs qui sont individuels : la santé, comment tu as pris soin de toi, le poids, les blessures, la vitesse – le football d’aujourd’hui est compliqué sans la vitesse. Je crois qu’il a encore tout pour jouer à un haut niveau. Luis a 31 ans… Trois ans de plus à niveau élevé, sûrement.

Photo : KAY IN’T VEEN / PRO SHOTS / DPPI

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