Il était une fois… László Kubala

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Dans les années 1950, László Kubala est devenu l’un des plus grands joueurs de l’histoire du FC Barcelone. Coup de projecteur sur le parcours atypique du Hongrois, du drame de Superga à la tuberculose en passant par le statut d’apatride.

Lorsqu’on parle de légende du Barça, les noms qui ressortent immédiatement sont ceux de Cruyff, Maradona, Ronaldinho, Messi, Romario, Stoichkov, Iniesta, Xavi, Puyol… Pourtant, le premier a avoir transcendé le Camp Nou, c’était lui, László Kubala. 1m76 de pur génie. Selon certains, c’est sa venue à Barcelone qui a fait imploser le stade de Les Corts et forcé les dirigeants du club à trouver un nouveau lieu plus accueillant. Depuis 2009, une statue à son effigie est d’ailleurs placée au pied du Camp Nou. Lorsqu’il débarque au FC Barcelone, il devient très rapidement l’idole du public. Dans les années 1950, grâce à l’amélioration du pouvoir d’achat des Catalans, le sacrifice financier pour obtenir son carnet de socio était moindre. Cela s’est combiné avec son arrivée en 1951 et a créé une augmentation considérable du nombre de socios. De 26 300, le chiffre a grimpé jusqu’à 52 791 !

Kubala échappé belle

László Kubala s’est toujours considéré comme cosmopolite. Ses parents, Hongrois, avaient des origines polonaises et slovaques. Mais c’est bien dans son pays natal que le gamin de Budapest commence à jouer au football. Et de quelle manière. À 18 ans, dès sa première saison avec Ferencváros (aujourd’hui rebaptisé Vasas), il époustoufle déjà son petit monde en inscrivant 27 buts en 49 matchs. Quelques années plus tard, après un passage par la Tchécoslovaquie au Slovan Bratislava et un rapide retour au pays, il échappe de peu à la mort. Le Torino le voit enchaîner les bonnes prestations avec le Pro Patri en 1949 et lui propose d’aller jouer un match amical, à Lisbonne, contre le Benfica. Kubala est très intéressé, mais se voit obligé de faire machine arrière car son fils est tombé malade. Il reste au sol quand l’avion du Tornio décolle… puis s’écrase sur la colline de Superga. L’accident a fait 31 morts.

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Un an de suspension

À la suite de ce drame, il joue quelques matchs d’exhibition à travers toute l’Europe avec une équipe de réfugiés polonais, yougoslaves, hongrois et roumains nommée Hugaria. Josep Samitier, entraîneur du Barça, est impressionné par Kubala. Le Real Madrid veut également recruter le phénomène, mais l’ancien milieu de terrain blaugrana se montre plus convainquant. Il faut aussi dire que Barcelone venait de soulever trois titres de champion de d’Espagne en cinq ans (1945, 1948 et 1949). Cependant, durant cette période de Guerre Froide, le Général Franco ne portait pas les Soviétiques dans son cœur. Samitier aurait alors utilisé ses connaissances au sein du gouvernement afin de pouvoir signer le Hongrois. Le 15 juin 1950, László Kubala est un joueur du FC Barcelone. Seulement, il doit attendre le 29 avril 1951 pour jouer son premier match. La faute à une sanction de la FIFA qui l’avait condamné à un an de suspension pour rupture de contrat avec Vasas, pour être parti de Hongrie sans permission et ne pas avoir accompli son service militaire. Dans la foulée, sa double nationalité hongro-slovaque lui est retirée, faisant de lui un apatride. Il décide donc de se faire nationaliser espagnol, ce qui lui permet d’être, encore aujourd’hui, le seul footballeur de l’histoire à avoir défendu les couleurs de trois nations différentes : la Hongrie, la Tchécoslovaquie et donc l’Espagne.

Ladislao Kubala

Pas du genre à faire les choses à moitié, Kubala adopte en plus le prénom de Ladislao, plus hispanique. À cela s’ajouté son style de jeu avant-gardiste – il tirait notamment les coup-francs de l’intérieur du pied, du jamais vu à l’époque – et spectaculaire provoquant l’adoration de tous les socios. À l’époque, les Hongrois étaient plus techniques que les Espagnols. Celui que les Catalans avaient sous les yeux était doté d’un touché de balle extrêmement fin et d’une vision du jeu impressionnante. Des caractéristiques que l’on retrouve aujourd’hui chez les joueurs de Liga. Dès sa première saison, l’attaquant inscrit 39 buts en 28 matchs dont sept lors de la même rencontre contre Gijon (9-0). Le record n’est toujours pas battu. L’année suivante, le Barça remporte la Coupe Latine – qui opposait les champions d’Espagne, France, Italie et Portugal – ainsi que quatre autres trophées (la Liga, la Coupe, la Coupe Eva Duarte et la Coupe Martini Rossi). Ce sera la saison de « l’équipe des cinq coupes ».

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Les Hongrois en Espagne

Mais après toute ascension, il y a une redescente.  Celle de Kubala est due la tuberculose. À cause de cette maladie, il se retrouve  à deux doigts de mettre fin à sa carrière. Il parvient finalement à se soigner, revient en finale de la Copa del Generalisimo (ancêtre de la Copa del Rey) et marque. Le Hongrois se met ensuite à jouer avec la sélection espagnole, puis catalane, avant d’entamer la saison 1955-1956, celle durant laquelle son duo avec Luis Suarez, le seul ballon d’or espagnol (1960), brille aux yeux de tous. Grâce au tandem, le Barça parvient à enchaîner onze victoires de rang. Toutefois, c’est l’Athletic Bilbao qui est sacré champion au bout du compte pour un petit point d’avance. Mais personne ne baisse la tête dans la capitale catalane. L’équipe va même se renforcer. Suite à l’insurrection de Budapest en 1956, de nombreux joueurs hongrois fuient le pays. Puskas, ami d’enfance de Kubala, signe au Real Madrid. Kocsis et Czibor le rejoignent à Barcelone et renforcent très nettement l’effectif. Lors de sa dernière saison en azlugrana, le joueur de 34 ans aide son équipe à se hisser jusqu’en finale de la Coupe des clubs champions. Le Barça avait précédemment éliminé le Real Madrid, quintuple tenant du titre, mais c’est le Benfica Lisbonne, le club qui aurait pu tuer Kubala, qui remporte la compétition. La légende quitte le club en ayant inscrit 194 buts en 256 matchs – ce qui fait de lui le troisième meilleur buteur de son histoire en matchs officiels derrière Lionel Messi et César Rodríguez – mais pas la Catalogne puisqu’il devient entraîneur-joueur de l’Espanyol Barcelone en 1963. Le Hongrois reviendra même en tant que coach en 1980.

« Le joueur le plus important de l’histoire du FC Barcelone »

La trace qu’au laissé Kubala au Barça plus importante que n’importe quelle autre. Statistiquement comparable à Messi, historiquement plus proche de Ronaldinho. Le Barça était déjà « Més que un club » lorsqu’il est arrivé. Mais tout comme le Brésilien, c’est lui qui l’a fait gagner, qui lui a montré que c’était possible. À après mort, l’Espagnol Luis Suarez l’a qualifié de « joueur le plus important de l’histoire du FC Barcelone. Il a révolutionné le football espagnol en important des choses inédites. » En 1999, pour le centenaire du club, il est élu meilleur blaugrana de tous les temps devant Johan Cruyff. Manuel Serrat lui a même dédié une chanson. « Tous ont du mérite, chacun a sa part, mais personne n’a autant fait que Kubala« , entonne-t-il. Mais au final, celui qui parle le mieux de l’humain, c’est Joan Caimel Marti, très proche de lui depuis 1991 : « Il aidait toujours les gens pauvres en leur donnant de l’argent pour qu’ils puissent manger, un abris, des vêtements pour qu’ils n’aient pas froid… C’était une personne extraordinaire à tous les niveaux ! »

Palmarès de Kubala au Barça :
– Quatre championnats d’Espagne : 1952, 1953, 1959, 1960
– Cinq Copas del Generalisimo : 1951, 1952, 1953, 1957, 1959
– Deux Super Coupes d’Espagne : 1952, 1953
– Une Coupe latine : 1952
– Deux Coupes des villes des foires : 1958 et 1960

 

Photo : Barça Inside

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