La marque Cruyff est une valeur sûre

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LLUIS GENE / AFP

Le soleil était à l’heure pour colorer un 26 août grisâtre. Il faut bien ça pour accueillir la statue de Johan Cruyff. En attendant le stade qui sera inauguré ce 27 août, le nouveau compagnon de Kubala sur le parvis est l’attraction du jour. Le temps d’une soirée où toute la famille Barça célèbre sa mémoire. Et pourtant, sa figure divise. Au long de sa trajectoire à Cán Barça, « El flaco » s’est attiré de nombreux ennemis. Petit rappel des faits sur l’histoire du symbole Cruyff. Mais aussi la récupération dont il fait objet par l’administration Bartomeu. Jamais l’expression « se retourner dans sa tombe » n’aura prit autant de sens.

Depuis sa mise au monde en 1899, le Barça a cultivé une histoire dont le point culminant nous mène inexorablement à Johan Cruyff. Le « hollandais volant » a marqué le club au point de devenir un symbole identitaire. Le « style Cruyff » comme on dit, celui du beau jeu et du football total. Pourtant, jamais un personnage n’aura autant divisé les masses. Johan savait tout sur tout, un vrai batave. Mais il savait surtout que cette liberté de pensé engendrerait plus de respect que de critiques. Pour Juan, gérant du bar de la « Gran Penya Barcelonista de Tarragona » Cruyff « était un génie comme entraîneur, mais comme personne, Je sais pas, il prenait tout le monde de haut. » Au comptoir tout le monde est unanime : Cruyff a révolutionné le genre. « Avant, on était défaitistes. C’est lui qui a inculqué la gagne dans notre ADN » . Antonio se dit« Cruyfiste », c’est quand même le président de la « Penya Johan de Santa Coloma ». Pour lui l’ anticonformisme chronique de Cruyff fait partie du pack, et il adore ça. Lucide, il comprend aussi que son protégé puisse en agacer d’autres.

Laporta le « cruyffista »

2003 est l’avènement de Laporta comme président du FC Barcelone. Le retour du « style Cruyff ». Celui qui faisait tant défaut sous la présidence Gaspart. Le même que certains supporters regrettent encore aujourd’hui : « Valverde gagne grace à Messi. Les autres, il les rend tous mauvais! » Pau, un invité du comptoir y va fort sur le coach mais indéniablement, pour beaucoup de culés, le Barça a perdu son essence et sa magie. Sous Laporta, deux magiciens nommés Eto’o et Ronaldinho ont redonné des couleurs à un Barça morose. La figure de Cruyff est elle aussi omniprésente, au point d’être nommé président d’honneur . Son influence dérange en interne, tout comme chez les supporters. Pour Juan : « tout Cruyff qu’il était, je n’aimais pas qu’il soit là, ce n’était pas légitime ». En 2005, quatre membres de la direction démissionnent reprochant entre autres la trop grande complicité Laporta – Cruyff .Parmis eux : Sandro Rosell et Josep Bartomeu.

La medaille d’honneur…

Entre exploits sportifs et scandales institutionnels, l’ère Laporta se termine péniblement en 2010. Le 39ème président Blaugrana, Sandro Rosell accompagné de Josep Maria Bartomeu comme vice-président prend les rennes d’un Barça qui fait rêver le monde. Une des premières mesures de l’administration Rosell aura été de destituer Johan Cruyff comme président d’honneur argumentant qu’aucun statut du club ne prévoyait une telle fonction. Le batave est fier, et c’est face caméra que Cruyff restitua sa médaille dans les travers du Camp Nou : « J’ai le sentiment d’être une gêne pour le club, alors je la rend »

http://www.rtve.es/alacarta/videos/programa/johan-cruyff-devuelve-su-insignia-presidente-honor/818723/

La bataille par presse interposée fait rage, le néerlandais allant jusqu’à déclarer qu’il « ne remettra plus les pieds au Camp Nou tant que Rosell sera là ». Son décès en 2016 aura eu le mérite de réunir tous les acteurs cités le temps des commémorations (Voir : https://barcainside.com/cruyff/) mais ce qui est : est, et la fracture entre le clan Cruyff et le « pas tout à fait Cruyff » est ancré pour toujours.

…Et maintenant la statue

Les supporters culés évoquent avec nostalgie le Barça de Cruyff et de Guardiola . Pour preuve, le bar de la « Gran Penya Barcelonista de Tarragona » est rempli de photos jaunies au grain douteux. La « Dream Team » et la « Pep Team » tapissent les murs comme si il s’agissait de trophées. À l’heure ou le Barça de Valverde est loin de faire l’unanimité, les plus puristes en appellent à cette fameuse identité Cruyff. C’est à se demander pourquoi sa figure divise autant si au final tout le monde en redemande. Aujourd’hui, c’est Bartomeu président qui honore la mémoire de Cruyff avec cette statue. Lui qui était pourtant un acteur majeur de l’administration Rosell, celle qui neuf ans plus tôt l’avait déchu de son rang. Par des temps précaires où l’ADN Barça semble disparaître, il est de rigueur de contenter ses partisans. Une statue, un stade sont des réponses idéales. « La gent del Barça » a besoin de réconfort, tout comme Juan qui en attend lui aussi un peu plus: « Bartomeu pour les 50 ans de la penya il nous a donné une télé. Au bout de 2 ans l’écran était coupé en deux, génial! » Président, vous savez ce qu’il vous reste à faire!

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