Ludovic Fabregas : « Gagner la Ligue des champions chaque année »

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Cet été, Ludovic Fabregas a quitté son club formateur de Montpellier pour le FC Barcelone. À 22 ans, le Catalan représente l’avenir du club comme de l’équipe de France.

Il y a fort à parier que la tartine de Ludovic Fabregas ne tombe jamais du coté de la confiture. Voire même qu’elle ne tombe tout simplement jamais. Le natif de Perpignan n’est pas du genre à faire des erreurs. Après avoir été sacré champion d’Europe et du monde junior de VTT, il s’est dirigé vers le handball. Il faut dire que le mètre 98 et les 102 kg qu’il balade aujourd’hui ne sont pas forcément adapté pour une bicyclette. Son choix était le bon. Sur sa cheminée sont installées sa médaille de champion du monde (2017), la Coupe de la Ligue, la Coupe de France (2016) et la Ligue des champions (2018). Mieux, il a été élu meilleur défenseur et pivot du Championnat de France l’année passée avec le MHB. Cerise sur le gâteau, c’est lui qui a le plus joué avec les Bleus au Mondial 2017. Après l’entrainement au Palau Blaugrana, « Tchiqui » passe rapidement par la douche avant de revenir humblement sur ses premiers pas au Barça, sa dernière saison à Montpellier, l’équipe de France et la jeune génération dont il est l’une des têtes de gondole.

« Cédric Sorhaindo a un peu le rôle de papa »

Comment se passe votre intégration pour le moment ?
Plutôt bien, j’ai été bien accueilli. Il y a pas mal de Français donc c’est vrai que ça favorise. Ce sont des joueurs que je connais déjà un petit peu d’avant et aujourd’hui j’apprends à les connaître à la fois sur le terrain et en dehors. Il y a une très bonne ambiance, c’est un peu le même style de groupe qu’à Montpellier avec quelques anciens qui sont là depuis longtemps. Ici, ce sont Cédric (Sorhaindo), (Victor) Tomas et (Raul) Entrerrios, puis derrière des joueurs confirmés et des jeunes à fort potentiel. Je connaissais déjà un peu Gonzalo parce qu’il avait déjà un petit peu joué en France (Fénix Toulouse pendant la saison 2013-2014, NDLR) et il était très ami avec Valentin Porte. Je suis très ami aussi avec « Val' » donc parfois ça arrivait qu’on discute.

Comment Cédric Sorhaindo, Timothey N’Guessan, Dika Mem, et Yannis Lenne vous ont-ils aidé ?
Ça s’est bien passé dès mon arrivée. On avait beaucoup échangé avant pour savoir comment ça s’était passé pour eux au niveau de leur intégration, la manière de jouer et l’équipe. Ce sont aussi des personnes que j’apprécie, des amis donc ça donne un petit plus à notre relation et je pense que le fait d’être ensemble au quotidien est une satisfaction pour tout le monde. Avec Dika (Mem), nous avons presque le même age (21 ans pour Mem, 22 pour Fabregas, NDLR), nous avons fait les championnats du monde et d’Europe ensemble. « Tchouf » (Cedric Sorhaindo, NDLR) a un peu le rôle de papa.

Vous donne-t-il des conseils pour vous améliorer, puisque vous jouez le même poste ?

« Le Barça a une ambition clairement identifiée qui est de gagner la Ligue des champions chaque année »

Oui, on a toujours discuté. Plus en équipe de France par le passé, mais c’est vrai qu’il est souvent là aujourd’hui à m’aider dans les traductions lorsque je ne comprends pas totalement les exercices, même si je les comprends assez souvent. C’est vrai qu’il est toujours là pour me guider parce qu’il y a un style différent ici en Espagne. Il m’apporte son aide pour continuer à m’intégrer au mieux dans le projet de jeu et être capable d’apprendre et d’emmagasiner toutes les informations.

Quand vous êtes arrivé au Barça, vous avez dit que vous vouliez gagner beaucoup de titres et apprendre le Catalan. Vous avez déjà gagné un titre avec la Supercoupe d’Espagne. Pour le Catalan, où en êtes-vous ?
Pour le moment je n’ai pas appris grand chose. Il y a beaucoup de personnes du staff qui le parlent entre elles, de joueurs aussi donc des fois j’ai des mots qui passent. Après, j’avais connaissance de quelques mots mais sans faire de phrase. Ça va venir mais pour le moment je me concentre vraiment sur ce début de saison parce que je sais qu’il sera capital. Nous avons fait une bonne préparation, je me sens plutôt bien, j’ai envie de continuer dans ce sens là et de confirmer sur les matchs à venir. Le catalan viendra après quand j’aurai bien enregistré toutes les infos du terrain.

Quelle est la différence entre le MHB et FC Barcelone ?
Il y a quand même beaucoup de similitudes mine de rien en terme d’exigence. À ce niveau, c’est encore peut-être plus haut ici parce que le club a une ambition clairement identifiée qui est de gagner la Ligue des champions chaque année. À Montpellier, on était capable de le faire la saison passée mais ce n’est pas un objectif majeur. C’est une volonté, mais ce n’est pas un objectif prédéfini en début de saison. Le but est d’aller plus loin dans chaque compétition sans vraiment se fixer de limite. À Barcelone, c’est de gagner la Ligue des champions et aussi tous les titres sur la scène nationale. Après, il y a des différences par rapport au jeu. Le jeu espagnol est plus tactique, c’est une défense plus joueuse dans les intentions. En France et à Montpellier, c’était plus physique et il y avait un peu moins de précision, justement sur le travail défensif relié à l’aspect tactique. Ce sont plus des différences entre les deux ligues qu’entre les deux clubs. Mais il y a aussi des similitudes. Ce sont deux clubs qui marquent ce sport depuis beaucoup d’années. Barcelone reste un cran au dessus et les titres en Ligue des champions peuvent le montrer.

Il se dit que le niveau de Ligue espagnole est inférieur à celui de la la France. Cela ne risque-t-il pas de vous pénaliser ?

« On me parlait de choses jusqu’à perdre la vie »

Honnêtement, je ne pense pas du tout. C’est vrai que le championnat français est de plus en plus attractif pour les joueurs français mais aussi étrangers, avec les moyens qui sont mis, les clubs qui grandissent, les infrastructures qui sont maintenant présentes et qui permettent de monter le niveau dans tous les domaines. Je ne pense pas que ça va me pénaliser parce qu’il y a toujours des avantages et des inconvénients. Peut-être qu’on aura plus de fraîcheur pour jouer la Ligue des champions, même si ça ne nous garantira pas non plus que nous irons au bout. Mais je pense surtout que, vue l’exigence qui est mise par les entraîneurs à chaque entraînement, à chaque match – bon, pour l’instant je n’en ai fait que deux officiellement –, j’ai cette sensation qu’il y a vraiment la volonté d’être toujours meilleurs. Si on doit gagner de 20, il faut qu’on gagne de 20 et pas de 19. Je pense qu’il y a un écart, c’est vrai, mais je pense aussi qu’il y a six ou sept équipes qui sont de bon niveau, qu’il ne faut pas prendre à la légère. La saison dernière, j’ai regardé pas mal de matchs pour m’y intéresser et je ne pense que le championnat ait un niveau aussi bas que ce que les gens pensent.

Avec Montpellier, l’année passée, vous avez souffert d’une thrombose au bras. Comment avez-vous vécu cette période ?
C’était une période assez compliquée parce que c’était quelque chose dont je n’avais jamais entendu parler. Une phlébite, une thrombose, je ne savais pas ce que c’était. Au début, je n’avais pas forcément pris conscience du problème parce que je continuais à jouer et qu’on n’avait rien trouvé à ce moment-là, mais c’est vrai que, lorsque j’ai appris quelles auraient pu être les conséquences, j’ai commencé à prendre conscience de tout cela et il y a eu une période qui était très compliquée. On me parlait de choses jusqu’à perdre la vie et ça m’a fait un coup de froid dans le dos. Après, j’ai vraiment pu compter sur l’aide de mes proches, ma famille, mes amis, le club aussi qui a été là pour moi parce que ce n’était vraiment pas simple à gérer.

« Le Barça est un très grand club qui a marqué l’histoire de ce sport »

Ensuite, je suis reparti de l’avant, j’ai eu des signes positifs avant de pouvoir reprendre petit à petit. Parfois, c’était juste faire du vélo pendant seulement 10 minutes, donc ne même pas transpirer, mais pour moi c’était un signe positif, les choses allaient rentrer dans l’ordre petit à petit et ça a plutôt bien évolué. On a respecté un délai qui avait été fixé à trois, quatre mois environ au début et ç’a été le cas. Maintenant c’est fini, j’avais fait des contrôles par la suite. Là aussi je sais qu’avec le staff médial on regardera de temps en temps pour être sûrs qu’il n’y aura pas de rechute mais aujourd’hui je me sens très bien, je n’ai aucun problème, j’ai très bien fait la préparation, surtout au niveau des entraînements cardios et j’espère que ça va continuer dans ce sens.

Que représente le FC Barcelone pour vous ?
C’est un très grand club qui a marqué l’histoire de ce sport, du handball européen avec neuf Ligues des champions. Beaucoup de grands joueurs sont passés par ici, beaucoup de joueurs à très fort potentiel aussi. C’est un club capable de faire évoluer des joueurs et de recruter des joueurs confirmés. Ensuite, c’est un club qui est très attractif par le cadre de vie, l’équipe qu’il propose forcément et aussi la culture qui règne autour. C’est vraiment le club avant tout et ce sont les joueurs, les entraîneurs, le public, les partenaires qui doivent faire le maximum pour le laisser au sommet. Après, il y a aussi une proximité avec ma famille, qui n’est pas forcément très loin. Il a le cœur qui a parlé avec cette culture catalane que m’ont éduqué mes parents et mes grand-parents. Il y a eu un coté affectif qui a été fort, même si j’étais très attaché à Montpellier. Il y a eu cette volonté aussi de découvrir autre chose et de vouloir passer un cap à l’étranger.

Un peu à la manière de Kylian Mbappé au football, vous bluffez tout le monde par votre évolution ultra-rapide. Comment expliquez-vous cette précocité et cette maturité ?
Je ne sais si moi je peux l’expliquer mais je pense que j’ai toujours eu envie de travailler, de progresser. Je pense aussi que venir à Barcelone est à la fois un choix de vie et un choix sportif. Comme on le disait tout à l’heure, peut-être que certains diront que je peux perdre de mon niveau, de la qualité dans le jeu en partant en Espagne. Au contraire, je pense que ça va m’apporter beaucoup de choses parce que c’est un style de jeu, notamment en défense, qui est bien différent. Ça peut justement enrichir mon bagage handballistique et me faire continuer de progresser. En tout cas, je le souhaite, après on verra bien si je suis en capacité de le faire. J’ai un entraîneur qui croit en moi, des coéquipiers qui, je pense, me font confiance et on est tous dans la volonté de travailler, de progresser, d’aller chercher des titres, remplir des objectifs et garder ce club en haut de l’affiche.

« Le Mondial ? Je n’y pense pas du tout »

Nous sommes à quelques mois du prochain championnat du monde (du 10 au 27 janvier 2019). Commencez-vous déjà à y penser ?
Pas du tout (rires). Je ne sais pas si ma blessure y est pour quelque chose ou pas mais c’est possible parce que c’est vrai que je voulais vraiment être à l’Euro. Ce n’était pas être à l’Euro pour être à l’Euro mais c’est juste que j’étais conscient d’avoir fait un très bon Mondial et, pour moi, le plus dur est toujours la compétition ou le match d’après. Je voulais vraiment voir – en plus sur un championnat d’Europe où on dit que le niveau est très relevé, où tous les matchs sont très compliqués – si individuellement et collectivement on était capable de répondre présent. Collectivement, selon moi, ils l’ont fait parce qu’au final, l’équipe de France ne perd qu’un match et finit troisième quand d’autres en perdent quatre et finissent deuxièmes.

« Mieux faire que les anciens, ça parait compliqué »

Je voulais voir si je pouvais être au niveau, si j’étais capable de reproduire les performances que j’avais pu faire au championnat du monde. Du coup, c’était un peu dommageable mais par la suite j’avais envie de profiter, de prendre beaucoup de plaisir, de me donner au maximum. Il y avait aussi la volonté de bien terminer à Montpellier – ça, c’était très présent dans a tête – et après il y a eu cette arrivée ici. J’avais envie d’être bien dès le début, de penser à ma préparation individuelle avant d’arriver, de penser ensuite à ma préparation ici, avec beaucoup d’informations qui me sont parvenues. Il y avait vraiment la volonté de bien faire les choses. Aujourd’hui, le Mondial, je sais qu’il va arriver vite, mais d’un autre coté je pense plus au moment présent et à remplir les objectifs que j’ai ici.

L’équipe de France a été championne du monde lors de quatre des cinq dernières éditions et se retrouve désormais en période de transition avec la nouvelle génération. Vous faites partie de cette génération qui va devoir prendre la relève. Ressentez-vous une certaine pression ?
Non, je ne pense pas qu’il y ait cette pression. Quand on joue en équipe de France, tout le monde s’attend à ce qu’on gagne avant même de commencer… La pression existe au niveau du résultat. Je ne pense pas qu’elle existe au niveau de l’envie de vivre une compétition, de bien faire. Au contraire, on a beaucoup de motivation et la nouvelle génération, on a… On ne va pas dire qu’on a envie de faire mieux que les anciens parce que ça parait compliqué, mais en tout cas on veut toujours tout donner pour remporter chaque compétition. Je pense que c’est l’état d’esprit qui anime l’équipe de France depuis beaucoup d’années, qui a été incarné par la génération des Experts et avant des Barjots – peut-être un petit peu moins parce que les résultats étaient plus prégnants avec les Experts. Il y a eu une bonne passation qui a été faite par les anciens en nous éduquant cet état d’esprit et en nous faisant bien comprendre que l’équipe de France était quelque chose de sacré et qu’on devait toujours se donner au maximum. Au moment venu, on se mettra en condition pour aller chercher un nouveau titre mondial tout en sachant que c’est compliqué. Mais à nous de savoir si on veut garder notre trophée ou pas (sourire).

C’est la première fois qu’un championnat du monde va être organisé dans deux pays différents (Allemagne et Danemark). Qu’est-ce que cela va changer pour vous, les joueurs ?

« Quand je vois ce que les gens peuvent faire quand l’équipe de France de football gagne la Coupe du monde, je me dis que c’est dommage de ne pas pouvoir le vivre dans d’autres sports »

Honnêtement, comme ça, je ne vois pas. Après, ça peut changer quelque chose selon les matchs. Si demain tu joues l’Allemagne mais pas en Allemagne, ce n’est pas la même chose que si tu la joues chez elle. Je ne connais pas vraiment l’ordre, je ne me suis pas vraiment penché dessus, je ne sais pas où aurons lieu les finales, mais selon les équipes contre qui tu joues, ça peut être un avantage pour une des deux équipes ou pas. On verra au moment venu, en fonction des matchs, des affiches et du lieu des rencontres.

Vous allez jouer contre l’Allemagne dans la Mercedes-Benz Arena de Berlin. Le public vous réservera certainement un accueil particulier. C’est quelque chose qui peut déstabiliser les plus jeunes d’entre vous ?
Peut-être… Après, je pense que les jeunes joueurs de l’équipe ont une certaine expérience, on va dire. Aujourd’hui, quand tu joues en Ligue des champions à Skopje c’est compliqué, à Kielce c’est compliqué, Veszprem c’est compliqué, donc je pense qu’on est déjà habitués à avoir une salle contre nous. C’est vrai qu’en France, pour le Mondial (2017), on l’avait avec nous, c’était quelque chose de vraiment fantastique et je pense que ça nous a poussé aussi. Par le passé, l’équipe de France a montré qu’elle était capable de s’imposer chez les plus grands, en Croatie notamment, donc je pense qu’elle est capable de le refaire. L’expérience des anciens sera aussi très importante. On sait qu’ils ont un rôle important dans le jeu mais aussi dans la façon de guider l’équipe. Tout le monde aura son rôle à jouer et chacun devra gérer au mieux ce paramètre qui sera important.

L’Équipe de France de handball a beau cartonner, on ne sent pas réellement d’engouement phénoménal des Français pour ce sport. Comment expliques-tu cela ?
Je ne sais pas… C’est un peu étrange. Parfois, j’en parle avec des amis, ils me disent qu’ils suivent, sans vraiment suivre. Peut-être qu’au final, l’équipe de France a tellement habitué les gens à gagner qu’ils ne se penchent pas dessus. À l’époque, le handball était moins suivi parce que Montpellier gagnait tous les titres et les gens savaient qu’à la fin c’étaient eux. Aujourd’hui, c’est plus relevé donc je pense que les gens s’abonnent dans différents clubs, suivent les matchs de championnat à la télévision. En équipe de France, on a encore cette image-là aujourd’hui alors que toutes les équipes sont difficiles à battre, c’est très compliqué. En plus, le dernier souvenir des Français, c’est qu’on ait gagné le championnat du monde en France. Pour eux, déjà que c’était logique, peut-être qu’il ne vont pas suivre la prochaine compétition. C’est dommage qu’il n’y ait pas un engouement plus fort parce que moi j’estime que tous les matchs, toutes les compétitions sont compliquées, elles sont différentes les unes des autres. Quand je vois ce que les gens peuvent faire et ce qu’il peut se passer quand football gagne la Coupe du monde, je me dis que c’est dommage de ne pas pouvoir le vivre dans le hand ou dans d’autres sports comme quand l’équipe de tennis gagne la Coupe Davis, quand le handball est champion du monde, pour le rugby, qui en plus va organiser la Coupe du monde 2023. Si demain le rugby est champion du monde, est-ce que tout le peuple français est dehors avec des fumigènes ? Je ne sais pas.

 

Photo : FC Barcelone

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