Messi et Hazard au coeur du débat tactique

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Messi et Hazard seront au coeur de la bataille tactique ce soir à Stamford Bridge
Dani Garcia of SD Eibar and Messi of FC Barcelona in action during the Spanish championship Liga football match between SD Eibar and FC Barcelona on february 17, 2018 at Ipurua Stadium in Eibar, Spain - Photo UGS / Spain DPPI / DPPI

Le Barça, invaincu en Champions, se déplace ce soir à Stamford Bridge pour son huitième de finale aller. Messi et Hazard, les deux grandes stars, seront au coeur de la bataille.

Chelsea-Barça. Côté Catalan ou côté cockney, l’affiche appelle forcément des souvenirs, dont la combinaison tourne invariablement à l’aigre-doux. D’un pointu de Ronnie à un péno de Leo sur la barre, d’une f*$@#* disgrace à un Iniestazo à vous filer la chair de poule, d’un but métaphysique d’Essien à une expulsion fantôme d’Abidal… Aussi joyeuse ou douloureuse soit-elle, la nostalgie ne pèsera pas bien lourd au moment de se jeter dans la première manche de ce huitième de finale.

Le Barça traverse la Manche sans le moindre doute sur son approche ni même, a priori, sur l’identité de ses onze starters. Pour les Blues, qui ont oscillé entre deux systèmes cette saison, l’incertitude demeure, d’autant que les états de formes de certains cadres compliquent la tâche de Conte.

Chelsea, en 3-5-2 plutôt qu’en 3-4-3 ?

Depuis le début de saison, les Londoniens ont alterné entre deux systèmes de jeu, tous les deux basés sur une défense à trois centraux et deux latéraux en piston dans les couloirs. La différence se situe un cran plus haut. Dans le 3-4-3, un double-pivot au milieu sert de base à une attaque composée d’un avant-centre axial soutenu par deux attaquants de soutien assez libres de leurs mouvements, avec une tendance à naviguer à l’intérieur du jeu. Lorsque le coach italien aligne un 3-5-2, il enlève un des deux attaquants de soutien pour laisser Hazard seul en électron libre derrière son 9, pour ajouter une sentinelle entre ses deux milieux axiaux.

Les deux formations, en 3-4-3 et en 3-5-2, les plus régulièrement utilisées par Chelsea cette saison (sharemytactics.com).

Les deux systèmes ont été fréquemment utilisés, ce qui laisse nécessairement un doute sur le choix que fera Conte. Pour autant, si l’on regarde dans le détail les rencontres de niveau Champions jouées par les Blues, on se rend compte que l’Italien opte quasi-systématiquement pour le 3-5-2 lors des gros matches. Face aux autres équipes de Premier League engagées en Ligue des Champions, Chelsea s’est toujours présenté dans cette configuration (City, Tottenham, ManU et Liverpool). Même chose en phase de poules de C1 face aux « gros ». Des quatre matches face à l’Atlético et la Roma, le 3-4-3 a été de sortie une seule fois, à Rome, pour ce qui représente certainement le plus gros naufrage de la saison (défaite 0-3). L’option 3-5-2 paraît donc la plus probable, à moins que la démonstration de vendredi en Cup, face à Hull, n’ait fait gagner des points au 3-4-3…

Pour savoir ce qui attend le Barça, les adversaires les plus représentatifs sont certainement le Manchester City de Guardiola et la Roma pour leur caractéristique d’équipe à forte possession de balle. Mais aussi l’Atlético de Madrid, qui déploie un 4-4-2 géométriquement assez comparable avec celui du Barça, et qui possède en Griezmann un joueur relativement similaire dans l’activité et les déplacements à Leo Messi. Ce qui suit se base essentiellement sur l’analyse de ces rencontres.

La configuration de match que l’on peut attendre

Face à City et la Roma, mais également par séquences contre l’ATM, Chelsea a présenté un visage prudent et attentiste, avec un bloc positionné bas sur le terrain. Il n’y a pas a priori de raison pour que ce soit différent face au Barça. Même si la rencontre se déroule à Stamford Bridge, une partie fermée avec peu de buts semble une perspective qui conviendrait aux Blues. On parierait volontiers qu’ils signeraient pour une victoire 1-0, voire même un 0-0 qui leur laisserait de gros espoirs pour le retour.

En face, le Barça a prouvé cette saison sa capacité à limiter le danger sur sa cage. Sur le terrain de la Juventus et celui de Valence (deux fois, Liga et Copa), les Catalans ont développé une « possession préventive », avec un énorme contrôle du ballon qui paraissait plus destiné à éviter les attaques adverses qu’à se créer des opportunités. Il ne nous étonnerait pas que Valverde renouvelle l’expérience, et que l’on voie un FCB focalisé sur la maîtrise au milieu, et très patient pour se créer des occasions.

Si tel était le cas, Chelsea défendrait bas avec une ligne de 5, dans laquelle les latéraux s’alignent sur les centraux, plus la ligne de 3 du milieu de terrain. Les attaquants sont modérément impliqués dans le repli, même si Hazard y participe ponctuellement.

En bloc défensif bas, Chelsea positionne une ligne défensive de 5 joueurs (latéraux à hauteur des centraux) et une ligne de trois milieux (Images : footballia.net)

En phase offensive, le Chelsea plutôt dominateur (que l’on a vu par séquences contre l’Atlético par exemple) se déploie avec des latéraux en position d’ailiers, quasiment à hauteur de l’avant-centre, et des créateurs qui viennent à l’intérieur du jeu (Fabregas, Hazard). Lorsque les Blues ont tendance à subir le jeu, ils peuvent chercher un jeu beaucoup plus direct.

Que la relance vienne de derrière ou de la rampe de lancement Cesc, les joueurs de Conte alimentent très verticalement Morata et Hazard, qui souvent doivent s’en remettre à leur seul talent par manque de soutien. Les joueurs de couloir, notamment Marcos Alonso, viennent cependant faire le nombre dans la surface à la finition.

Des plans anti Messi et Hazard ?

On l’a vu, l’animation de Chelsea s’appuie sur une assise sur sa ligne de cinq défenseurs. Généralement, les cinq joueurs s’alignent, mais systématiquement un d’eux sort cadrer l’adversaire qui va toucher le ballon. C’est le fonctionnement de base des Blues. Vont-ils changer de registre pour la surveillance de Messi ? Ce n’est pas certain. En tout cas, ils ont gardé ce savoir-faire lorsqu’ils ont dû faire face à Griezmann.

Le Français, 9 et demi qui tourne autour de l’avant-centre dans un 4-4-2 à plat, partage d’autres similitudes avec Messi. Il est aussi gaucher, aimant dézoner vers la droite, venir participer au jeu dans le rond central, et bien sûr attaquer la surface. Son exemple semble donc représentatif de ce qui pourrait attendre Messi sur les bords de la Tamise.

Dans les phases de possession des Colchoneros, la défense de Chelsea laisse la liberté à Griezmann de se déplacer entre les lignes sur toute la largeur. Pas de marquage spécifique ni de prise en individuelle. Lorsque le ballon est adressé à Grizzi, le défenseur le plus proche (souvent Cahill ou Azpi, mais potentiellement aussi le latéral) sort au contact pour l’empêcher de se retourner. On imagine qu’il en sera de même pour Leo, avec peut-être l’aide d’un des milieux de terrain pour venir faire des prises à deux et contrer la faculté à dribbler de la Pulga.

La ligne de 5 est en place, avec le joueur le plus proche du ballon qui sort cadrer le porteur. Positionné entre les lignes, Griezmann a toute latitude pour se déplacer sur la largeur, sans être inquiété tant que la balle est assez éloignée de sa zone d’action (images : footballia.net)

Lorsque Griezmann décroche, ou que la balle va lui arriver, le joueur le plus proche sort le cadrer pour minimiser sa marge de manœuvre (images : Footballia.net)

Plus encore que Griezmann, Messi a l’habitude de venir s’immiscer à la création à hauteur du rond central. L’hypothèse de voir D10S redescendre dans la salle des machines créer le surnombre, dans un Barça avide de possession avec beaucoup de monde au milieu, semble renforcer l’hypothèse d’un Chelsea en 3-5-2 pour densifier l’axe défensif.

Hazard, menace N°1 pour les azulgranas

Sans surprise, pour les culés la menace publique n°1 aura pour nom Eden Hazard. Le Belge, encore plus que Messi dans l’équipe d’en face, paraît porter presque à lui seul la création offensive des siens sur ses épaules. Dans un schéma où Chelsea joue le contre ou au moins les transitions, le Wallon aura des espaces, voire des égalités numériques à négocier face à la défense. Et il aura l’avantage d’avoir un profil qui convient assez peu à l’arrière-garde Blaugrana.

En tout état de cause, comme lors du match au Juventus Stadium, la meilleure carte que le FCB aura dans sa manche pour éteindre le danger Hazard sera la possession de balle. Tant que le ballon sera tenu dans des pieds Catalans, le Barça ne s’exposera pas, et la stratégie avait remarquablement fonctionné face à Dybala et Douglas Costa. Dans le 3-5-2 de Chelsea, si l’avant-centre sert de fixation et de point d’appui, c’est Hazard qui est chargé de mettre le feu à la prairie avec une liberté totale sur la largeur, et les Barcelonais ne se font pas exactement une spécialité de défendre face à des dribbleurs plein de vivacité. Rapide et souvent impeccable dans les couvertures, Semedo se serait révélé être une solution de premier choix, mais il sera suspendu. Charge donc à Sergi Roberto de limiter ses montées et de garder un œil dur l’ex-Dogue ? Pas seulement, puisque le positionnement axial du n°10 l’entraînera immanquablement dans la zone de Busquets (qu’on imagine pouvoir souffrir face à des démarrages pieds au plancher…).

En tout état de cause, le FCB devra mettre l’accent sur le fait de conserver une supériorité numérique défensive. Avec des latéraux qui seront en bille-à-bille avec leurs homologues, le risque est trop grand d’exposer à deux contre deux les centraux à la paire d’attaquants de Chelsea. D’où le rôle crucial qu’occupera le grand Serge, au moins dans son positionnement.

Le match des couloirs

Bien qu’organisés dans des systèmes différents, Chelsea et le Barça ont en commun de laisser leurs couloirs à usage quasi exclusif de leur latéraux. Un coup d’œil rapide à leur apport offensif respectif (Alba deuxième meilleur passeur, Marcos Alonso troisième meilleur buteur) suffit à comprendre l’importance de la guerre des ailes pour cette éliminatoire. Pour chaque équipe, c’est le côté gauche qui paraît le plus velléitaire dans la moitié de terrain adverse.

Si Alba s’occupe directement de Moses en face de lui (il devra néanmoins rester vigilant sur les projections de Kanté), le face-à-face pourrait être différent sur l’autre aile, où Paulinho devrait avoir la charge de contrôler Alonso. Là encore, l’absence de Semedo est préjudiciable, puisque Sergi Roberto aurait pu jouer plus haut, lui qui paraît plus apte que Paulo pour défendre sur la largeur.

Côté Chelsea, on se doute que le danger Alba a été clairement identifié et placé en tête de listes sur les consignes défensives. L’avantage pour les Blues sera que le triangle milieu-latéral-stoppeur côté Jordi comptera dans ses rangs Azpi et Kanté, soit certainement les deux valeurs défensives les plus sûres de l’équipe.

Des options de joueurs différentes ?

Côté Barça, la suspension de Semedo tue dans l’œuf la seule légère incertitude qui pouvait planer sur le onze de Valverde. Sauf énorme surprise (Gomes à la place de Paulinho, comme à Valence, pour sécuriser le couloir ?), le Barça s’avancera avec son équipe classique. A moins que l’option du double « profil latéral » à droite, avec Aleix Vidal à la place de Semedo, ne soit finalement retenue par Valverde (qui a fini le match à Eibar dans cette configuration).

L’équipe plus que probable de Valverde face à Chelsea (sharemytactics.com)

Côté Blues, certains états de forme mettent des joueurs en balance à certains postes. Derrière, il pourrait y avoir match entre Rudiger et Cahill. Ou pas, si Conte choisissait de la jouer « sécurité » en les associant dans l’axe et en décalant Azpilicueta dans le couloir, même si cela limiterait l’abattage de l’Espagnol. A gauche, un Marcos Alonso en forme convenable est un titulaire certain, mais il revient de blessure et pourrait être suppléé par Zappacosta (latéral en faux pied).

Au milieu, le niveau récemment affiché par Bakayoko inquiète. Il pourrait perdre sa place au profit de Drinkwater, Barkley… ou David Luiz, là aussi dans une version « ceinture et bretelle » sur l’aspect défensif. Le milieu français a été annoncé forfait par Conte (à moins que l’Italien ne joue l’intox), ce qui pourrait motiver un changement de système.

Devant, Morata revient lui aussi de l’infirmerie, et pourrait être en balance avec Giroud (un profil « lourd » que Piqué affectionne). A moins que les Blues n’optent pour une attaque 100% vivace, avec Pedro ou Willian aux côtés d’Hazard pour appuyer là où ça fait mal, la lenteur défensive des Catalans. Les deux outsiders ont en tout cas marqué les esprits ce vendredi en Cup, et ressemblent à des options très tangibles, au coup d’envoi ou en sortie de banc.

Photo: UGS / Spain DPPI / DPPI

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7 Commentaires

  1. « à une expulsion fantôme d’Abidal » ça fait du bien de le lire, les détracteur du Barça et de l’UEFA n’ayant pas vu les deux rencontres de 2009 mais seulement une compilation des possibles erreurs en faveur du Barça au retour! De toute façon le but d’Iniesta c’est incroyable, et il mérite d’aller en finale!!!

    • Si c’est le cas je plains les supporters des Blues qui vont se faire peur tout le match, j’espère pouvoir voir Conte s’affoler après un but du Barça assez tôt dans le match!!! ALLERRRRRRRR

  2. Merci beaucoup pour l’analyse d’avant match de qualité et très fouillée que confère cette article!!!

    Lors du passage sur Hazard je me suis dis dommage que Umtiti soit à gauche de la défense! J’espère un grand Pique!

  3. Ici on apprend à encore plus aimer le foot et regarder le Barça, j’aurais aimer lire le même genre d’article depuis que je regarde les matchs du Barça (2008?)!

    Et moi je dois apprendre à attendre d’avoir tout écris avant de poster un commentaire (haha j’ai l’esprit trop vivace, désolé je vais me contrôler à l’avenir!)

  4. « D’où le rôle crucial qu’occupera le grand Serge, au moins dans son positionnement. » Et si Busquets oublie un joueur lorsqu’il monte ou que Chelsea à le ballon on compte sur un grand Rakitic très concentré :p?

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