Messi : un pavé dans la mare argentine

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Messi: un pavé dans la mare argentine
Oscar Barroso / SpainDPPI / DPPI / AFP

Malgré les déconvenues et les critiques, Lionel Messi a repris du service lors de la dernière trêve internationale. Avec, dans le viseur, la prochaine édition de la Copa America qui se jouera à l’été 2019 au Brésil, et l’espoir un peu fou de remporter à nouveau un trophée avec la sélection (pour mémoire, on a tendance à l’oublier, Messi a remporté les Jeux olympiques de 2008). De retour à Barcelone, après une triste défaite 3-1 devant le Venezuela, il a jugé bon de sortir de son mutisme. C’est peu dire qu’à Buenos Aires et Rosario, sa ville natale, ses déclarations ont fait jaser.

Le meneur de jeu du FC Barcelone nous avait plutôt habitué à des prises de parole plates comme un terrain de football. Cette fois, il avait laissé la langue de bois au vestiaire. Pendant plus d’une heure, sur les ondes de la radio Club Octubre 94.7, il a renvoyé ses critiques dans les cordes, défendu sa génération et réclamé plus de mesure de la part de ses compatriotes. Une mise au point publique qui a suscité des réactions partagées.

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« Messi a l’air mal à l’aise avec l’Argentine »

Accoudé au comptoir du bar El Banderín, une institution à Buenos Aires où l’on peut passer des heures à scruter les mille et un fanions qui tapissent les murs, Kily, médecin dans le civil et fidèle de Boca Juniors, trouve que Messi y est allé un peu fort : « Je ne nie pas la qualité du joueur mais tout le monde peut être critiqué. D’autant qu’il n’a jamais été très bon avec le maillot de la sélection. Pire, il a l’air mal à l’aise quand il joue pour l’Argentine ». Pour un grand nombre de ses compatriotes, ses trois finales perdues (deux Copa America et le Mondial de 2014) sont autant d’invitations au silence. Au fond de la salle, Carlos, un ancien international de rugby qui dirige aujourd’hui une entreprise de logistique, opine du chef. Il considère, lui aussi, que les déclarations du meneur de jeu du Barça sont comme un coup d’épée dans l’eau. La faute au public argentin : « Quoi qu’il dise, il ne pourra pas faire entendre raison à tout un peuple. On est trop exigeants. Et on ne veut pas comprendre que ça n’a rien à voir de jouer en sélection ou au FC Barcelone avec des coéquipiers qui le connaissent depuis toujours et savent exactement où le trouver sur le terrain. » L’exigence est démesurée et, quand il s’agit de ballon rond, nos amis argentins ont tendance à voir le verre à moitié vide. « Messi pourrait être celui qui a emmené une sélection clairement surévaluée trois fois en finale, mais les gens sont obsédés par le résultat. C’est la victoire ou rien », explique Carlos.

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« Maradona était populiste. Pas Messi »

Sur les bords du Rio Paraná, chez lui à Rosario, nos interlocuteurs se montrent bien plus compréhensifs que leurs homologues porteños. Daniela, une jeune psychanalyste, fan absolue de Newell’s Old Boys, et qui a le projet de marcher dans les pas de Messi en s’installant prochainement à Barcelone, confie avoir été émue par ses déclarations : « Il a évoqué l’impact des critiques sur son fils aîné, Thiago. Comme s’il était trop pudique pour avouer que c’est lui le premier à qui cela fait mal ».

Pour Paco, ancien journaliste à La Capital de Rosario, impossible de comprendre les soubresauts de la relation entre Messi et l’Argentine sans évoquer l’ombre de Diego Maradona. Une affaire de palmarès (Maradona a remporté le Mondial de 1986), mais pas que : « C’est aussi une histoire de personnalité. Maradona était démagogique, populiste, il se disait proche du peuple et ne rechignait jamais à caresser les nationalistes dans le sens du poil. Messi n’est rien de tout ça. Il se concentre avant tout sur sa carrière de footballeur professionnel ». Messi s’en est plaint dans ses récentes déclarations : il aime la sélection mais il ne ressent pas le besoin de le crier sur les toits. « C’est bien là le problème. Le public argentin a besoin de démonstrations d’amour. Messi a été très critiqué parce qu’il ne chantait pas l’hymne et il a sans doute souffert du contraste avec Maradona qui était galvanisé par les symboles patriotiques », détaille Paco. Pour lui, Messi aurait tout à gagner à rester fidèle à sa personnalité. C’est pourquoi, il n’a pas vraiment apprécié sa dernière prise de parole : « Je préfère le Messi autiste. J’ai l’impression qu’il a essayé de faire du Maradona avec un discours plus libre et vindicatif ». En Argentine, Lionel est souvent jugé coupable de ne pas être Diego. « Il y a une chose sur laquelle Messi a raison dans ses déclarations, admet Paco. S’il avait gagné le mondial, il aurait fermé pas mal de bouches ». Rendez-vous en 2022 pour tirer la dernière cartouche ?

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