EXCLU / Pablo Correa : « Lenglet, c’est le gendre idéal »

1
4963

Hier après-midi, Clément Lenglet s’est engagé avec le FC Barcelone pour un montant de 35,9 M€. Pablo Correa, son entraîneur à l’AS Nancy-Lorraine, explique quel genre d’homme et de joueur il est.

Il peut s’en passer des choses en un an et demi. Le 3 janvier 2017, Clément Lenglet luttait encore pour le maintient avec le promu nancéien. Aujourd’hui, le voilà dans l’une des plus grosses écuries européennes. Désormais coach de l’AJ Auxerre, Pablo Correa a passé près de quatre ans à ses cotés en Lorraine. C’est lui qui l’a lancé dans le grand bain et il a continué à le suivre au FC Séville. Retour sur les yeux doux de la Juventus, l’entourage de Lenglet, sa mentalité, ses qualités… mais pas ses faiblesses.

« Si les résultats sont là, ce n’est pas un hasard »

Êtes-vous surpris de voir Clément Lenglet signer au FC Barcelone ?
Non pas du tout. Clément a suivi une progression linéaire mais constante vers le haut. Je savais que, quoi qu’il en soit, Séville était une étape intermédiaire. L’arrivée au Barça fait partie de la marge de progression qu’il a, de son age, du marché, de l’adaptation qu’il a eu avec le football espagnol. Clément est quelqu’un qui reste dans une projection très haute. Je l’avais dit à un journaliste de Séville au moment de son arrivée et on en a reparlé il n’y a pas longtemps, il m’a dit : « c’est incroyable, tu le voyais faire ça. » Je sais le sérieux, les qualités qu’il a. Pour moi, ce n’est pas du tout une surprise.

Continuiez-vous à le suivre au FC Séville ?
Oui, oui et on échange encore par téléphone. J’ai entendu dire : « Mais comment ça se fait que les équipes françaises ne l’ont pas repéré ? » Moi, sans faire de bruit, je me le fait piquer à la mi-saison. Il faut savoir que ça peut arriver à tout le monde de passer à coté d’un joueur. Ce n’est pas pour cela qu’il n’a pas les aptitudes pour arriver au Barça. Il se bonifie au fur et à mesure. Si les résultats sont là, ce n’est pas un hasard.

« Si tous les joueurs étaient comme cela, ce serait trop facile »

Était-ce vous qui aviez décidé de le faire monter en équipe première ?
Oui et c’est moi aussi qui l’ai mis capitaine en étant très jeune. J’ai du subir les critiques à un moment de certains qui voyaient seulement un jeune garçon. Mais il fait partie des joueurs qui ont une maturité qui n’est pas conforme à leur âge et qui sont en avance. Ça fait partie de l’éducation, de ses prestations, etc. C’est tout à fait logique. Dans les textos qu’il m’a envoyé hier, il m’a dit : « Je sais que c’est une étape qui commence, que je vais devoir beaucoup travailler. » Voilà, ça veut dire qu’il a déjà tout compris. Il sait déjà qu’il va partir de très loin, parce qu’il vient de Séville, qu’il n’est pas international, etc. Mais le plus important, c’est la disposition qu’il a pour travailler, s’améliorer, grandir, lutter pour du temps de jeu… Ça montre encore une fois qu’il a bien les pieds sur terre et qu’il a les qualités.

Lire aussi: Lenglet au Barça, les dessous d’une présentation

Quelle était votre relation avec lui ?
Forcément, le football nous éloigne géographiquement mais on reste en contact. Lui, c’est un passionné de foot. On parle et on discute comme deux passionnés, on ne parle pas forcément de chacun de nous. On parle de foot, des adversaires, des choses comme ça. Quand il fait son très bon match contre Manchester (United, NDLR), face à Lukaku et que la presse parle, on discute de comment il l’a pris, ce qui lui a posé le plus de problèmes… Il y a beaucoup de choses. C’est le type de garçon dont on dit : « C’est le gendre idéal. » Il est très respectueux des personnes, au-delà de la hiérarchie. C’est quelqu’un qui a des valeurs très ancrées. Si tous les joueurs étaient comme cela, ce serait trop facile.

« Quand vous êtes capitaine d’un vestiaire à 20 ans, ça veut tout dire »

Quelle était son plus gros atout sur le terrain ?
Il a un très bon pied gauche. Il est probablement dans le football qui lui correspond le plus parce que, partout où vous jouez en Espagne, il faut sortir le ballon de derrière. Clément a un bon sens de l’endroit où il est et il connaît très, très, très bien ses difficultés. Ça, c’est quelque chose de très intéressant. Quand vous connaissez vos points faibles, vous vous préparez pour ne pas les montrer ou ne pas vous mettre en porte à faux. Il va apprendre à travailler avec une défense un peu plus haute. Défensivement, c’est autre chose parce que quand vous jouez au Barça, vous êtes beaucoup moins sollicité. Mais même s’il y a moins de sollicitations, il faut sortir vainqueur de presque tous les duel. Après, tout ce qui est prise de balle, prise de risque dans la sortie, etc. il donne de l’assurance.

Quelles sont justement ses « difficultés » ?
Je ne le dirai pas. Il les connaît très bien. Ce serait donner des possibilités à l’adversaire. Il a des points très fort mais il cache ses points faibles.

Comment était-il dans le vestiaire ?
Un leader. Je ne l’ai pas mis capitaine parce qu’il souriait au vestiaire. Un capitaine c’est un tout : c’est quelqu’un qui donne l’exemple, qui tire les autres vers l’avant… Quand vous êtes capitaine d’un vestiaire à 20 ans, ça veut tout dire. Clément sait rester fermé quand il faut, il observe beaucoup, il doute beaucoup pour la solidarité du vestiaire, il donne toujours l’exemple dans la voix et dans les actes.

« Il a dit « non » à la Juve, hein »

Avec quels joueurs s’entendait-il le plus ?
Avec Alexis Busin, ils allaient à la pêche ensemble, ils partaient en vacances ensemble et je pense qu’ils le font encore. Ça ne m’étonne pas parce que ce sont des garçons qui sont très jeunes mais assez matures.

Vous êtes partis la même année de Nancy. Est-ce une coïncidence ?
J’étais dans un club formateur dans lequel j’ai fait monter beaucoup de gamins. On mettait toujours le même temps à former des joueurs, mais le temps qu’ils passaient en équipe professionnelle était réduit à presque rien. Il faut savoir que Clément, six mois après l’avoir fait débuter, il y a la Juventus qui lui avait déjà fait des signes pour venir. Il avait refusé à l’époque parce qu’il y avait beaucoup de monde devant lui : Chiellini, Bonucci et Barzagli… On en avait discuté, il m’avait dit : « Je vais où ? » Il ne voulait être prêté. Il a dit « non » à la Juve, hein. Je suis sûr et certain qu’il n’a pas de regret. Le problème, c’est quand vous êtes entraîneur, que vous avez la crème devant vous, mais que vous l’avez pendant quinze jours. Moi, je ne conçois pas la formation comme cela.

« Il est allé visiter la Juve, mais à aucun moment il ne pensait signer »

Si aujourd’hui on me dit de prendre une équipe comme cela, je ne le ferai pas. Je sais que je serai dans la désillusion. Je veux bien lancer des jeunes mais il faut quand même qu’ils restent un moment. Ce sont des jeunes sur lesquels vous pouvez compter, vous pouvez faire une base. Je ne dis pas qu’après ils ne doivent pas sortir, il y a toujours une étape supérieure. Le cas de (Ibrahim) Amadou qui arrive à Séville, c’est à peu près pareil. En parlant avec des journalistes, je leur ai dit : « Vous allez voir, il va passer quelques années à Séville et après ça va faire pareil. » Vous savez, un des premiers matchs de Clément, face à Auxerre – l’équipe où je suis aujourd’hui –, il avait fait une bourde. Il était presque en train de pleurer dans les vestiaires quand je suis venu. Je lui ai dit : « Voilà, tu as fait une erreur, maintenant il faut lutter pour ne pas en refaire », parce que je savais ce dont il avait besoin.

À cette époque, L’Est Républicain l’annonçait à la Juventus parce qu’il avait visité les installations. Ça l’avait déstabilisé ?
Le problème, c’est qu’il y a toujours une nécessité d’annoncer quoi qu’il en soit. Je vous raconte la vérité : il est allé visiter la Juve, mais à aucun moment il ne pensait signer. Il allait visiter uniquement pour voir ce qui lui convenait, mais pas pour se prendre pour un autre. Juste pour analyser. La Juve voulait le prêter dans un petit club italien où il allait perdre ses repères, il ne savait pas où il allait tomber ni avec qui. Il avait déjà un cheminement de carrière à respecter, c’est tout à fait normal et il a dit non. Après, ce qu’ont annoncé les journalistes, c’est parce que, dès qu’ils voient un joueur aller là-bas, c’est fait. Clément est allé à la Juve, il ne le nie pas d’ailleurs, mais je connais bien la raison pour laquelle il a dit non et ce n’est pas parce qu’il se prenait pour un autre? C’est simplement parce qu’il avait un plan de carrière. Il préférait jouer, partir dans une équipe intermédiaire et ne pas griller les étapes. C’était un plan de carrière bien défini et il l’a respecté. Surtout, le plus important dans tout cela, c’est qu’il s’est donné les moyens de son plan de carrière. Il y a beaucoup de joueurs qui ont un plan mais qui ne se donnent pas les moyens. C’est logique qu’il soit aujourd’hui là où il est.

« C’est quelqu’un qui s’est donné les moyens »

Ce sont les symptômes d’un joueur bien entouré…
Dans le football, être bien entouré, c’est comme avoir de bonnes chaussures, un bon temps de récupération… C’est une question de choix. Vous vous entourez des personnes qui vous intéressent. Si vous laissez votre entourage vous influencer dans le mauvais sens… Son père est très proche de lui mais il lui laisse de la liberté aussi, c’est normal. Ça m’étonnerait de voir Clément avec des types à coté de lui qui vont l’amener de droite à gauche et de gauche à droite parce qu’il est protégé par son environnement.

Quel souvenir gardez-vous de lui ?
Celui d’un garçon qui était largement au dessus de la moyenne. Encore une fois, c’est quelqu’un qui s’est donné les moyens. Clément a vu passer beaucoup de gens devant lui, des garçons avec moins d’age. Mais il n’a jamais été demandeur de quoi que ce soit. Il a passé toutes les étapes mais était régulier dans l’ascension. Clément n’a jamais sauté une classe et a toujours été un élève très performant.

 

Photo : Maria Jose Segovia/NurPhoto

Abonnez-vous c'est gratuit!

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Laissez votre commentaire!
Merci d'entrer votre prénom