C’est qui le patron?

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Cristiano Ronaldo of Real Madrid and Lionel Messi of FC Barcelona, with Andre Gomes (behind) during the Liga match between FC Barcelona and Real Madrid played at the Camp Nou, Barcelona, Spain, on December 3, 2016 - Photo Bagu Blanco / Backpage Images / DPPI

La Liga a fermé dimanche ses portes, avec le tristoune dénouement que l’on sait sur la saison 2016-17. L’occasion de comparer la production des cinq stars majeures du Championnat. Et de trouver son patron.

« Les chiffres parlent ». Slogan favori de Cristiano Ronaldo lorsqu’il est attaqué sur le contenu de ses matches, le Portugais envoie systématiquement au front son nombre de buts, voire de passes décisives, comme argument irréfutable. Effectivement, les chiffres parlent, et, en creusant un tant soit peu, en disent long sur l’activité des joueurs.

Neymar, qui était très critiqué au cœur de l’hiver pour un compteur but en chute libre, se trouvait au même moment dans le top 10 Européen dans la majorité des catégories statistiques qui comptent pour un attaquant (notation générale, passes décisives, dribbles, fautes subies, centres, passes-clés). De quoi remettre les choses en perspective. Alors que la Liga a éteint dimanche la lumière sur sa saison, comparons les cinq « Ballondorables » dans le détail de leurs statistiques pour définir qui est le patron. [Ces stats ne tiennent compte que du championnat, qui reste la compétition la plus parlante sur le long terme]

Notation générale: Messi et Neymar en patron

 Données : WhoScored.com (basées sur statistiques Opta)
Données : WhoScored.com (basées sur statistiques Opta)

 

Les statistiques générées par Opta délivrent à chaque match une notation (sorte d’évaluation prenant en compte toute la « production » d’un joueur, positive et négative, en fonction de son poste). A ce petit jeu, Neymar et Messi se tirent la bourre et sont les deux uniques acteurs à se situer au-dessus des 8/10 de moyenne, en championnat comme en Ligue des Champions (CR7 a passé cette barre en LDC, à la faveur de sa moisson de pions inscrits en quart puis en demies). Si Luis Suarez et Griezmann tiennent la discussion dans l’exercice domestique, sur la scène européenne les débats les renvoient assez loin dans la hiérarchie.

Devant le but: Messi et Suarez

Données Squawka.com
Données Squawka.com

 

Il s’agit évidemment de LA catégorie statistique la plus mise en avant, d’autant plus pour des attaquants (depuis que Ronaldo et Messi affolent les compteurs, la course au Ballon d’Or s’est d’ailleurs transformée en chasse aux totaux de buts inscrits, sans trop de soucier du reste du jeu…). A ce titre, Messi et Suarez ont traversé la saison conformément à leurs standards. Cristiano a accéléré au printemps pour dépasser la barre des 20 buts qui semblaient pouvoir se refuser à lui. Grizzi et la Neyme, eux, auront vécu une saison en retrait, seulement autour de la quinzaine. Donnée assez peu souvent mise en avant mais prépondérante dans le côté décisif des buts, c’est Luis Suarez qui a le plus souvent ouvert le score (9 fois), devant Cricri (8 fois).

Alors qu’il donne souvent l’impression de refuser des positions de tirs, NJr11 affiche quand même un ratio de 3,6 frappes/90 minutes, sensiblement identique à celui de Suarez (3,8 – Messi et CR7 dominent ce classement au-delà de 5 frappes/90 min). En ce qui concerne la précision, seul Cristiano cadre moins que le Brésilien alors qu’ils frappent tous deux près de 2/3 de leurs tirs depuis l’intérieur de la surface. Plus précis, Messi et Grizzi frappent pourtant à 40% hors de la boîte, contrairement à Suarez (20%).

Activité globale: Messi

Données Squawka.com
Données Squawka.com

 

Dans ces données-évaluation de la performance globale (qui font l’addition des différentes statistiques par secteur), on voit distinctement que Lionel Messi plane au-dessus du game, ce qui n’est un scoop pour personne (quoique… ). Si Leo est largement devant le peloton, la MSN truste quasiment tous les podiums. A noter l’impact défensif de Neymar, deux fois supérieur à ses plus proches poursuivants (dont Griezmann qui pourtant ne se cache pas avec l’ATM), ce que l’on a nettement vu cette saison, puisque le Brasilou devient le milieu excentré à gauche dans le 4-4-2 adopté par le FCB en phase défensive.

Jeu de passes: Messi

Données Squawka.com
Données Squawka.com

 

Évidemment, avec son profil de créateur qui redescend souvent organiser le jeu, Messi est hors-catégorie dans ce registre. L’étiquette « dribbleur » chevillée au dossard, Neymar n’en demeure pas moins un joueur qui participe à la possession de son équipe par le jeu de passe, il se situe largement au-dessus de ses trois collègues sur ce point. Ronaldo, lui,  est en négatif, ce qui corrobore son évolution vers un joueur essentiellement de finition, phénomène qui porte désormais du côté de Madrid le nom « d’HugoSanchezizacion de Cristiano ».

La propension du Portugais à jouer très souvent en retrait vers Marcelo apparaît clairement dans son ratio passes vers l’avant/vers l’arrière. Suarez, en tant que joueur placé le plus haut sur le terrain, a lui évidemment des circonstances atténuantes à ne pas pouvoir effectuer trop de passes vers le but adverse. Griezmann, Messi et Ney partent eux de plus loin, et trouvent donc majoritairement des joueurs situés plus haut sur le terrain (Junior est presque à l’équilibre, même s’il a souvent tendance à jouer vers l’avant par de la provocation et des rushes solitaires, fait donc également progresser son équipe sur le terrain par la passe).

Occasions créées: Neymar

Données Squawka.com
Données Squawka.com

 

S’il n’est pas le meilleur passeur de Liga (Suarez et Kroos – le roi du corner- le devancent), Neymar est le joueur le plus dangereux en termes de création d’occasions, et parvient même à devancer King Leo dans ce domaine. (Petit glossaire de rigueur : une passe-clé est une passe potentiellement décisive, mais qui n’est pas nécessairement convertie / Les occasions créées sont les passes-clés + les frappes générées tout seul, suite à un dribble par exemple).

De façon générale, on met souvent en avant le nombre de passes décisives, alors qu’on voit bien ici qu’elles sont moins parlantes (car soumises à l’efficacité du finisseur) que les passes-clés. Dernier dans les trois catégories, Ronaldo fait partie du débat sur les chiffres des assists alors qu’il est très loin du compte de ses camarades sur les passes clés ou les occasions créées (1,6 fois moins de passes déc’ que Neymar, mais environ 3 fois moins de Chances created et 3,3 fois moins de Key passes).

Dribbles: Neymar

Données Squawka.com
Données Squawka.com

 

Pour la dernière catégorie statistique, Neymar vous accueille dans son jardin. En ce qui concerne les dribbles, personne ne peut lutter (Messi s’accroche quand même), aussi bien en termes de total que de réussite dans les dribbles tentés. D’une certaine façon, cette propension de Leo et Ney à la provocation est symptomatique d’un Barça qui se repose sur ses deux astres, plus que sur une organisation collective au milieu de terrain,  pour créer du jeu. Enfin, en grand provocateur (à tous les sens du terme) qu’il est, Ney est aussi le joueur qui provoque le plus de fautes. Et donc de bons coups-francs, de penalties, de cartons pour l’adversaire…
Comme on peut le constater, concernant les billes-à-billes avec l’adversaire, Suarez, la Grizze et CR7 tiennent la dragée basse au duo Neyssi. Pour les Madrilènes, cela peut s’expliquer, en partie, par un jeu d’attaque plus orienté vers le contre, qui leur permet de profiter des espaces sans avoir à les créer par l’élimination.

Conclusion: le patron c’est Messi

Après l’analyse détaillée de ces chiffres, chacun pourra se faire son opinion sur l’identité du meilleur joueur du championnat… L’idée est surtout de dépasser la bête et méchante lecture du classement des buteurs pour déterminer qui est bon, qui ne l’est pas, qui fait ou non une bonne saison. Les statistiques sont une chose, le visionnage des matches en est une autre, mais parfois on a l’impression que certains joueurs sont jugés sur la base de résumés de 2 minutes, ce qui fausse forcément les conclusions.

Concernant les cinq jugadorazos évoqués, même si le Ballon d’Or les mettra aux prises, difficile de les mettre dans le même panier. Au-delà de leurs marques décisives en buts et passes, Messi et Neymar restent avant tout d’énormes créateurs de jeu et de décalages, là où Suarez et le « nouveau Cristiano » ne sont que des joueurs de surface, des finisseurs avant tout. Dans un rôle hybride entre ces deux profils, Griezmann souffre lui de la philosophie de son équipe, beaucoup moins joueuse et portée vers l’avant que le Barça ou le Real.

 

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Photo: Bagu Blanco / Backpage Images / DPPI

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