Rakitic ou la problématique des dix mètres

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Critiqué par les supporters, chouchouté par son entraîneur, Ivan Rakitic fait figure, depuis le début de saison, de débat permanent et de titulaire indiscutable. Qu’il soit aligné en 6 ou en 8, son positionnement, systématiquement dix mètres trop bas sur le terrain, pose problème dans l’animation offensive barcelonaise. Explications…

Les habitués de Twitter et de son actualité blaugrana en ont pris l’habitude, pas une semaine, pas un match ne se passent sans qu’Ivan Rakitic ne revienne sur le tapis. Qu’il soit brillant, qu’il soit fantomatique ou qu’il soit grandiose de neutralité, le Croate joue, quoi qu’il arrive, ses 90 minutes. Dans un secteur de jeu pourtant particulièrement fourni au FCB, lui semble clairement échapper à la règle de la concurrence, puisque Valverde couche invariablement son patronyme sur la feuille de match. Il y aurait pourtant énormément de choses à dire sur le contenu de ses prestations. Pour cette fois, nous allons uniquement régler notre focale sur la hauteur moyenne de son positionnement sur la pelouse, qui nous paraît assez significativement problématique. Et ce, quel que soit le rôle qui lui est octroyé dans le 4-3-3 du Txingurri, en tant que relayeur ou comme sentinelle.

En relayeur… comme un double pivot

Depuis son arrivée en Catalogne en 2014, Rakitic occupe d’une façon assez totalitaire le poste de milieu relayeur droit dans un 4-3-3. Celui de Luis Enrique pendant trois saisons, comme celui qu’Ernesto a remis au goût du jour cette saison. Étiqueté depuis un bon moment « couverture défensive sur un côté où Messi ne défend pas », le vice-champion du monde a tendance, à mesure que passent les années, à rendre son jeu toujours plus conservateur. C’est le cas de son arsenal de passes, qui se contente souvent de ne pas la perdre et de (trop) jouer dans la latéralité. Mais c’est aussi le cas de son positionnement par rapport aux deux autres pointes du triangle du milieu.

On ne sait pas dans quelle mesure le phénomène est dû aux consignes du coach ou à la volonté propre du joueur. Toujours est-il que Rakitic, dans un fâcheux prolongement du 4-4-2 de l’exercice 2017-18, joue plus souvent à la hauteur de Busquets qu’au niveau du troisième larron, qu’il soit Arthur ou Vidal. Au lieu d’avoir un triangle avec une pointe basse et deux joueurs avancés, on se retrouve avec un simili-double-pivot, qui laisse un grand espace devant lui à un joueur isolé. De plus en plus, on voit même Raki venir prendre la place du grand Serge en tant que milieu le plus reculé. Dans une salle des machines catalane qui souffre du manque de joueurs entre les lignes, la géographie de Rakitic est un frein à l’épanouissement offensif de son équipe.

Non seulement il ne vient pas proposer de solution de passe vers l’avant à Busi, mais il vient même régulièrement court-circuiter le rayonnement du numéro 5 (le tout pour au final, depuis une zone similaire, prendre moins de risques dans ses transmissions…). Pire, il vient souvent chercher le ballon dans les pieds des centraux, pour ne pas ajouter de plus-value à ce que Piqué ou Lenglet auraient pu réaliser par eux même. Au sein d’une équipe dont la philosophie consiste à toujours regarder vers l’avant,  l’attirance de Rakitic pour l’arrière (où il se donne plus de confort, plus de temps, plus de tranquillité) est clairement contre-productive.

En sentinelle… mais derrière la défense

Si l’on reproche beaucoup à Rakitic ses passes latérales, une des meilleures façons de contourner ce problème semble donc de le faire reculer d’un cran sur le terrain. Positionné en tant que sentinelle, devant la défense, le Croate a alors quasiment toutes ses possibilités de passes devant lui, ce qui l’oblige mécaniquement à jouer vers l’avant. De plus, défait de la pression qu’il subit un cran plus haut, il peut aussi utiliser son jeu long, façon quarterback. Le souci, c’est que là encore, Ivan a tendance à prendre sa dizaine de mètres de recul. C’était criant face à Getafe dimanche, où il a passé toute la première période en tant que joueur Blaugrana le plus reculé, derrière Piqué et Lenglet (comme le montrent les heatmaps ci-dessous). En l’espèce, le Barça a joué en 3-4-3 pendant 70 minutes (sans l’avantage d’un troisième central de métier, plus tranchant dans les interventions. Ce qui aurait aussi permis aux centraux écartés de couvrir les centres au second poteau, comme sur le but encaissé).

Heatmaps du match à Getafe. En haut le positionnement moyen de Piqué et Lenglet. En bas la position de Rakitic. Le Croate a touché la grande majorité de ses ballons dans ses 40m, alors que ses centraux ont régulièrement poussé jusqu’à la ligne médiane (source : whoscored.com).

En soi, ce n’est absolument pas un problème de voir le n°6 descendre entre les centraux. C’est même plutôt recommandé (pour briller en société, on appelle ça une « sortie La Volpienne ») et efficace, surtout face à une équipe à deux attaquants, comme c’était le cas des Madrilènes. Mais ponctuellement. Sur ce match, Rakitic a clairement joué comme un libéro décroché. Sa relance n’a pas été supérieure à ce qu’auraient pu produire Piqué et Lenglet. Surtout, aussi bas sur le terrain, il fuit la responsabilité qui est celle de la sentinelle ; être un premier relais entre la défense et les joueurs offensifs, pouvoir demander le ballon et se retourner pour faire avancer le jeu. On peut penser que face au 4-4-2 de Getafe, Valverde a sciemment encouragé Raki à tenir ce positionnement bas… Mais il avait déjà abondamment reculé face à la Real Sociedad en début de saison, aligné alors devant la défense. Et la production du milieu barcelonais dans son ensemble avait été cataclysmique.

A titre de comparaison, évidemment, Busquets,  qui occupe naturellement le poste, maintient un positionnement plus haut, et plus proactif. Même face à des paires d’attaquants, il recourt beaucoup moins à cette position reculée. Et ne le fait qu’en cas de nécessité, lorsque les deux centraux sont cadrés. Lorsqu’il est entré au Coliseum, Sergio a effectivement joué assez bas, ce qui tend à soutenir la thèse d’une consigne de Valverde, mais cela correspondait aussi à une période où Getafe jouait haut. Ce qui n’était pas le cas de Rakitic en début de match, qui restait aligné au cœur d’une défense à trois même lorsque le Geta avait relâché son pressing pour attendre le Barça en bloc bas dans sa moitié de terrain.

 

Certains diront que l’on fait une fixation… On note simplement que positionné en 8, Rakitic se situe en 6. Positionné en 6, il joue 5… Certains lui verraient même, peut-être, un avenir dans la charnière. Mais là, pour le coup, il ne pourra plus reculer.

 

Photo : Jose Breton / NurPhoto

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8 Commentaires

  1. Bonsoir, moi je le verrais bon lorsqu’il est aligné avec Busquets or, jouer comme face à Getafe je dirais c’est perdant mais, il n’est pas temps de critiquer pour le déstabiliser laissons le suivre les consignes du coach afin qu’il nous serve quelques choses.

  2. Il n’a pas l’A D N Barça, il n’a rien à faire dans cette équipe
    Franchement vous trouvez que notre club fait du beau jeu? et il en est en grande partie responsable. On va gagner la Liga grâce à nos individualités mais en LDC on n’ira pas loin
    Peut être un mal nécessaire pour ouvrir les yeux des socios
    On chipote pour quelques millions pour De Jong , on va recruter Rabiot et ses caprices de diva. On peut dire adieu au Barça de Guardiola , on va devenir une équipe de seconde zone

    • On est déjà une « équipe » de seconde zone. On peut désormais parler au présent.

      Cette « équipe » survit grâce aux fulgurances et au talent souvent intermittent de certains cracks présents dans cet effectif pourtant costaud et varié. On gagnera certainement à nouveau la Liga et la Copa del Rey mais en C1 on risque de prendre la réalité du très haut niveau européen en pleine figure comme lors des trois dernières années.

      Le problème de tout ça n’est pas tant lié aux joueurs en eux-mêmes mais au fait qu’il leur est constamment demandé d’ « improviser » quelque chose à chaque match puisqu’ils se retrouvent pour la plupart noyés dans un non-collectif total. On le voit la plupart du temps, les déplacements, les affinités techniques, les combinaisons, les animations offensive & défensive… tout semble fait à l’arrache sur le pitch, rien de travaillé, rien de préparé en amont ou en tout cas pas grand chose. Le coach y est pour beaucoup.

      Rakitic est un joueur d’équipe qui pourra se montrer performant dans la continuité tant qu’il y a une structure cohérente et stable autour de lui. Et surtout tant qu’il possède un rôle bien défini au sein de cette équipe, un rôle qui ne mettra pas en lumière ses grosses lacunes dans le jeu.

  3. Barça Inside, vous ne faites pas de la fixation en parlant de Rakitic qui est la preuve toute trouvée à la façon de penser de Valverde que je ne prendrai jamais pour un bon entraîneur.

    Regardez le milieu du Barça. De bons joueurs s’y trouvent mais ils sont mal utilisés et partisans du moindre effort au point qu’ils produisent tous le même jeu sauf Busquets. Artur Melo joue très latéral ou vers l’arrière, Vidal fait 95% de ses passes vers l’arriière. Rakitic, lui ne sait pas qu’un
    match se gagne en avançant vers La défense adverse. Il n’y a que Messi et aussi Suarez et Jordi Alba qui délivrent des passes porteuses d’occasions de buts. Aucun des milieux actuels du Barça ne connaît l’art de faire des passes vers ses attaquants. Et le plus fâcheux dans tout ça c’est qu’ils ne savent tous par marquer des buts. Que fait Valverde pour amener un joueur comme Artur Melon, encore jeune, donc perfectible, à apprendre l’art des passes vers l’avant et surtout l’art de faire des passes décisives ?

  4. Bonjour,

    Perso, je pense qu’Ivan Rakitić est un joueur vraiment talentueux. Cependant, le Croate ne semble plus avoir les faveurs des dirigeants du Barça en Liga. D’ailleurs, Rakitić pourrait bel et bien être vendu lors du prochain mercato.

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