Réflexion sur la réforme du foot européen : notre version de la Super Ligue (Partie 2/2)

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Les plus grands clubs semblent pousser pour qu’elle devienne réalité. À terme, elle semble inéluctable. La Super Ligue Européenne de football déclenche les passions et les a priori hostiles, alors qu’on n’en connaît absolument pas les contours. Une version égalitaire est-elle possible ? On y a réfléchi… et on a des propositions.

À lire : Partie 1 – Bilan sur les inégalités du foot Européen aujourd´hui.

On ne sait pas si son existence est réellement souhaitable. On n’est pas bien sûr d’en vouloir. Mais cela semble écrit, inévitable. Partant du postulat qu’une Super Ligue Européenne verra le jour, quoi qu’il arrive, tôt ou tard, passons la barrière du refus et essayons d’imaginer à quoi elle pourrait ressembler. La version que nous vous proposons est certainement utopique, et pas exactement l’idée que doivent en avoir les mastodontes économiques qui dominent le football européen aujourd´hui. Mais ça ne coûte rien de faire une proposition…

La formule qui suit est assez largement inspirée des ligues professionnelles du sport américain. Pays du capitalisme et du sport business par excellence, les USA sont pourtant le berceau de championnats très égalitaires, voire quasiment communistes, puisque les revenus sont partagés et que chaque équipe dispose des mêmes moyens. L’idée étant « mettons-nous ensemble pour générer un maximum d’argent, et partageons le équitablement entre nous tous », là où l’on peut penser que les clubs de foot Européens cherchent surtout à faire fructifier leur propre profit. L’idée de partage équitable, et celle de disparition des indemnités de transfert, sont au centre de notre réflexion.

Super Ligue Européenne : Le Format

Le premier axe de réflexion va à l’encontre de l’équation « plus de matches = plus d’argent » qui semble depuis toujours animer les instances. Pour la santé des joueurs, pour éviter l’écoeurement et le too-much pour les suiveurs, l’idée est de faire le choix de la qualité, et non de la quantité. Dans cette formule, chaque équipe jouera entre 34 et 41 matches en tout. En faisant le pari qu’il s’agira de rencontres plus équilibrées et plus intéressantes.

Pour maintenir un intérêt tout au long de la compétition, et éviter ainsi au maximum les matches sans enjeu, il ne s’agira pas d’un championnat tel qu’on le connaît aujourd´hui, avec une équipe en tête du championnat qui est déclarée championne. Le système de Play-Offs (sur le modèle des phases éliminatoires de Champions League actuelle, à partir des 1/8 de finales) permet de maintenir un grand nombre d’équipes concernées, tout comme la possible relégation. Pour les équipes qualifiées, le classement garde une importance car il donne des avantages pour aller loin dans la phase finale (avantage du terrain au retour et adversaire moins bien classé, pour un meilleur bilan en saison régulière).

Pour ne pas multiplier les matches, les 36 équipes sont réparties dans deux poules de 16, qui changent aléatoirement à chaque intersaison, pour éviter trop de répétitivité. Le choix des équipes, pour la première édition, se fait selon plusieurs critères :

  • Indice UEFA du pays
  • Indice UEFA de l’équipe
  • Palmarès
  • Géographie
  • Popularité
  • Puissance économique
Les 36 équipes retenues. Dans la colonne de droite, l’indice UEFA actuel de chaque pays et de chaque club.
Répartition géographique des 36 équipes de la Super Ligue.

Parce qu’il faut bien faire un choix (qui fera évidemment des déçus), nous avons choisi les 36 équipes ci-dessus. Certains critiqueront le fait qu’il y ait cinq Anglais pour seulement quatre Espagnols, que le Milan ait été préféré à L’Inter, etc. Tottenham, actuel demi-finaliste de Champions, n’apparaît pas car à l’instant T il est le moins bien classé des six Anglais à l’indice UEFA. Ce n’est pas le plus important, et ce n’est pas figé, de toute façon.

Dans le but de maintenir des écarts faibles au classement, et donc de l’intérêt dans les rencontres jusqu’au bout de la phase de poule, la victoire à 3 points est supprimée. Une possibilité pour rendre la victoire plus attractive, et le spectacle plus prenant, est de supprimer également le match nul, en offrant une prolongation de 10 minutes seulement, puis une séance de tirs au but (TAB classiques ou éventuellement en mouvement). La victoire vaudrait alors 1 point, la défaite 0, et le classement resterait à coup sûr serré jusqu’au bout.

On peut également envisager des modifications à la marge des matches tels qu’on les connaît aujourd’hui. Mise en place d’un temps mort à la moitié de chaque mi-temps. Les cyniques y verront la possibilité d’une coupure pub pour augmenter les recettes (c’est un fait…), mais d’un point de vue coaching, c’est une expérience qui pourrait être intéressante : donner à l’entraîneur une courte fenêtre pour ajuster son équipe. De même, pour donner plus de latitude aux coaches, pour ouvrir les effectifs sans porter préjudice au jeu, jusqu’à deux changements (en plus des 3 classiques) seraient autorisés à la mi-temps.

Phase finale

Les Play Offs reprennent la formule des phases finales comme en Champions League actuellement. Il n’y a pas de tirage au sort, les huit qualifiés de la Poule A rencontrent les huit qualifiés de la poule B, selon le principe 1 contre 8, 2 contre 7, etc. Le tableau complet de la phase finale est donc automatiquement connu, les premiers de chaque poule sont répartis de façon à ne pouvoir se rencontrer qu’en finale. Le reste du tableau est réparti selon le meilleur bilan en saison régulière (on regarde dans chaque opposition des 1/8 le bilan des deux équipes, on garde le meilleur et on fait un classement, qui détermine la position dans le tableau final, comme dans un tournoi de Tennis en fonction du classement).

La règle du but à l’extérieur est maintenue, car il s’agit de la seule configuration dans le football où un but marqué ou encaissé fait passer directement de « qualifié » à « éliminé ». C’est donc la formule la plus stimulante. Sur chaque double confrontation, des 1/8 aux ½ finales, l’équipe avec le meilleur bilan en saison régulière reçoit au match retour.

Chaque année, la phase finale de Champions League constitue le meilleur moment de la saison. Avec cette nouvelle formule, ce sera toujours le cas.

Rétrogradation et Division 2

Pour maintenir un intérêt en bas de classement, et pour assurer une ouverture au sein de la Super Ligue, six équipes seront reléguées chaque saison (les trois derniers de chaque poule). Ils seront envoyés dans une Division 2 composée de 120 équipes Européennes, réparties (selon géographie et Indice UEFA des pays) dans 6 poules de 20 équipes. La formule championnat est sur le long terme la plus représentative de la qualité des équipes, c’est pourquoi ce format est choisi pour la Division 2 (un système de Play Offs est trop aléatoire, et pourrait faire monter des équipes qui n’ont pas vraiment le niveau). Pour avoir 6 promus, le plus simple est de mettre en place 6 poules qui se répartissent géographiquement, et regroupent des équipes de pays voisins.

Nous avons organisé les 6 poules en distribuant dans chacune les 6 premiers pays à l’Indice UEFA, puis réparti les autres pays en fonction de la géographie (et de l’indice dans une moindre mesure). Le système de comptage actuel (victoire à 3 points, nul à 1 point) semble être le meilleur pour représenter les forces en présence dans un Championnat. Il est mis en place pour la Division 2 de manière à ce que les 6 équipes promues soient les meilleures et les plus à-même d’être au niveau en Super Ligue.

Répartition des 6 poules de Division 2. Les 6 premiers à l’indice UEFA (indiqué en bleu) sont distribués dans chacune des poules, qui sont ensuite complétées par zone géographique.

Pour conserver la logique géographique des six poules, certaines équipes pourront être amenées à changer de poule en fonction des relégations de la Super Ligue (les 6 équipes qui descendent ne seront pas parfaitement réparties géographiquement). Suivant le nombre de pays représentés dans chaque poule, l’organisation des étages inférieurs redeviendra national plus ou moins tôt (cette partie de l’organisation sera certainement parmi les plus compliquées).

Pour conserver une dimension nationale du football, les équipes continuent à jouer les Coupes Nationales dans leur pays. Les équipes de la Division 2 joueront donc 38 matches de Championnat plus les tours de Coupe (soit environ 45 matches au maximum).

Calendrier et Diffusion TV

Un organisme central (a priori l’UEFA) centralise et gère l’ensemble des droits TV pour les deux échelons, Super Ligue et Division 2 [nous en reparlerons dans le volet Economie]. De manière standard, dans les 2 divisions les équipes ne joueront qu’un match par semaine (voyages plus longs + maintien de la santé des joueurs).

Les créneaux horaires sont définis de façon uniforme pour toute la saison régulière avec des matches le mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche. Pour la phase finale, matches aller le mardi-mercredi et retour le samedi-dimanche. Finale le Dimanche avec une semaine de repos entre demie et finale.

Les plages de trêve internationales sont maintenues telles qu’actuellement (Septembre, Octobre Novembre, Mars et éventuellement Juin). La saison démarre début Septembre, la régulière se finit fin Avril et les Playoffs de déroulent sur le mois de Mai.

Obligation dans le contrat des droits TV qu’un match par semaine soit diffusé (ou co-diffusé) sur une chaîne gratuite.

Economie et droits TV

Le principe de base de la réforme du football européen que nous proposons repose sur une centralisation des droits TV par l’organisateur des compétitions. Et par sa répartition parfaitement équitable entre chaque équipe d’une même division. Pour ne pas créer de trop grande disparité, et donc de trop grande différence de niveau entre les deux échelons, l’Organisme vend des droits TV communs aux deux échelons (Super Ligue et D2) et répartit l’argent : la même somme pour les 36 équipes de Super Ligue et la même somme pour les 120 équipes de D2.

Dans les deux échelons, mise en place d’un système de Salary Cap, avec différentes valeurs de contrats. Il y a un Salary Cap commun pour toutes les équipes de SL et un autre pour toutes les équipes de D2. Le fonctionnement des Salary Cap établit le coefficient de différence entre les droits TV de la Super Ligue et de la Division 2. Dans l’absolu, l’idée est que les Droits TV payent les salaires des joueurs. L’allocation de l’Organisme à chaque équipe équivaut au montant de la masse salariale.

Le principe d’égalité du Salary Cap permet de mettre fin au système d’indemnités de transfert, qui est le nid des inégalités actuelles dans le football européen. Aujourd’hui, une petite douzaine de clubs économiquement supérieurs raflent tous les meilleurs joueurs car ils sont les seuls à pouvoir payer leur transfert et leur salaire. En supprimant les transferts « monnayés » et en équilibrant les salaires, il n’y aurait plus cette disparité. L’Ajax Amsterdam pourrait proposer les mêmes contrats à ses jeunes pousses que les autres clubs, et pourrait donc les retenir. Le Sparta Prague aurait la même surface financière pour attirer des talents que le Real Madrid. A égalité de moyens, les équipes qui s’en sortiraient seraient les mieux organisées, en terme de centre de formation ou de scouting. Qui plus est, ces équipe ne feraient plus partie d’un championnat de seconde zone que les joueurs veulent au plus vite quitter. Les joueurs auraient tout intérêt à rester pour évoluer au plus haut niveau dans leur club.

La masse salariale couverte par les droits TV, toutes les autres recettes propres au club (sponsoring, billeterie, musée, merchandising, etc.) pourront être remise dans un circuit plus vertueux (amélioration du stade, développement du centre de formation, etc.) que celui actuel des transferts qui n’est qu’une circulation de fonds, qui fait la richesse de quelques intermédiaires. De fait, les clubs deviendraient logiquement plus rentables, et ne seraient pas les puits sans fonds qu’ils sont souvent. Plus sains, ils attireraient plus de potentiels investisseurs (commes les franchises nord américaines dont la plupart sont évaluées au-delà du milliard de Dollar, pour un Salary Cap d’un peu plus de 100 M$).

Le principe d’égalité entre les équipes (qui revient à une forme de communisme) est le socle de cette formule. Et elle n’est viable que si tout le système est centralisé au niveau Européen. C’est pour cela qu’une Ligue remplace les championnats Nationaux, pour regrouper afin de pouvoir redistribuer équitablement. Faire une distribution équitable entre tous n’est pas possible avec l’atomisation actuelle du football. Dans ce sens, la Super Ligue peut être considérée comme un mal nécessaire.

Salary Cap

[ Nous exprimons les montants, notamment concernant le Salary Cap, en unité que nous notons U. Cette unité est une fraction du montant des droits TV négociés en court. Pour schématiser, le plus simple est de prendre U = 1 M€, mais suivant le montant des droits, U pourrait aller de 0,5 à 2 ou 3 M€, etc.]

La seule façon de mettre toutes les équipes sur un pied d’égalité, c’est de leur imposer une grille salariale. Il y a donc mise en place d’un Salary Cap, avec 4 types de contrats. Le nombre de contrats professionnels est limité, mais il est possible de compléter par des jeunes de -23 ans formés au club. Le rapport entre le meilleur et le plus bas salaire de l’effectif ne dépasse pas 9. Le salaire du coach est supérieur à celui du joueur le mieux payé. Chaque équipe peut avoir dans son effectif 2 joueurs au salaire maximum, ce qui donc prévoit que les meilleurs joueurs pourront « se vendre » dans n’importe quelle équipe, aussi bien au Zenit, à Anderlecht qu’à ManU. Chaque équipe devra jongler avec les 4 types de contrat pour monter son effectif. Et (sauf joueurs enclins à toucher un salaire inférieur à leur valeur) cela devrait empêcher de voir trop de stars regroupées sous un même maillot.

La masse salariale est donc plafonnée à 85 U/an, normalement une somme identique aux droits TV perçus.

Avec la disparition des indemnités de transfert, il y aura des échanges de joueur, selon des montants de contrats équivalents. Pour obtenir un joueur, il faut donc en lâcher un de contrat équivalent, ou deux de contrat inférieur, etc. En fin de contrat, un joueur est libre de s’engager dans un autre club. La longueur des contrats est variable mais supérieure à 1 an. Possibilité de signer des contrats avec durée variable (année supplémentaire en option sur décision du joueur ou de l’équipe). Pour favoriser l’émergence des joueurs issus des centres de formation, chaque équipe aura droit à 2 contrats supplémentaires pour des joueurs issus de leur académie.

Les joueurs seront intéressés sur les résultats de l’équipe. Chaque tour de phase finale pour les équipes qualifiées donne droit à un bonus à chaque équipe, que les joueurs de l’effectif se répartissent à parts égales. Avec ce système, les joueurs (qui sont la source de richesse du club), se partagent les revenus (et donc plus il y a de revenus, plus ils encaissent), mais le club n’est jamais contraint à s’engager sur des salaires qu’il ne pourra pas assumer dans le futur.

La même logique de Salary Cap s’applique, avec des montants inférieurs, pour la Division 2. Effectif là aussi limité en nombre, et différents niveaux de contrat. En cas de montée ou de descente, il est stipulé dans le contrat que le montant des rémunérations sera automatiquement adapté à la Division dans laquelle l’équipe évolue.

Pour une équipe qui descend en catégorie inférieure, il sera possible de « casser » un nombre  donné (à définir) de contrats : les joueurs concernés seront alors disponibles pour être recrutés par les autres équipes de Super Ligue, en priorité pour les équipes promues. Les équipes promues seront également favorisées au moment de la Draft.

Draft

Pour assurer et contrôler le renouvellement des joueurs en Super Ligue, un système de Draft est mis en place. Tout joueur, issu de la Division 2 ou potentiellement d’ailleurs (divisions inférieures, autres continents), se déclare candidat à la Draft. Dans l’ordre inverse du bilan en Saison régulière de la saison écoulée, et avec donc les premiers choix pour les équipes promues, chaque équipe sélectionne un joueur à chaque tour. Le nombre de joueurs à sélectionner est limité (et peut être fonction du nombre de contrats « vacants » dans l’effectif).

Tout joueur entrant dans la Super Ligue a automatiquement un contrat « Standard » pour une durée de deux ans. Au bout de ces deux ans, il peut s’engager où il le souhaite, mais le club qui l’a Drafté reste prioritiare.

En favorisant l’entrée des potentiels meilleurs joueurs chez les équipes a priori les plus faibles, on assure un renouvellement et une répartition de l’égalité des chances. Le système, bien connu dans les Ligues Américaines, est ainsi fait qu’une équipe qui gagne voit sur le long terme la qualité se son effectif « s’affaiblir » et voir émerger de nouvelles forces vives ailleurs. Dans notre modèle, ce phénomène pourra être atténué par l’existence des centres de formation. Chaque équipe peut aller chercher son futur à l’extérieur, mais aura aussi la possibilité de le cultiver en interne.

Les limites du modèle

On se doute qu’il va y en avoir une floppée. En premier lieu la possible raréfaction, au moins à l’échelon supérieur, des rivalités ancestrales et autres derbies.

Il s’agit d’un système uniformisé à l’echel Européenne, dans des pays qui ont des fiscalités différentes. Il y aura peut-être un travail d’harmonisation à opérer.

Il y a aussi le risque que la cannibalisation qui existe aujourd’hui sur les transferts se reporte (encore plus) sur les enfants, dans une course à l’armement des centres de formations. Il faudra certainement alors légiférer et encadrer strictement sur le sujet.

Il y aura des déplacements plus longs, donc plus difficiles pour les supporters, avec plus d’impact Carbone pour les équipes, mais ils seront moins nombreux du fait de la diminution du nombre de matches.

Il y a le risque de voir les échanges de joueurs devenir une véritable foire aux bestiaux, sans que les concernés n’aient leur mot à dire. Mais n’est ce pas déjà le cas ?

Conclusion

Moins de match mais de meilleure qualité. Une répartition plus saine de l’argent. Des équipes avec des moyens équivalents. Des solutions existent donc peut-être pour que la Super Ligue à laquelle le foot européen est promis ne soit pas nécessairement un cercle fermé à l’usage exclusif des plus riches…

 

 

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1 COMMENTAIRE

  1. l’article n’est pas mal comme la plupart des article de ce site.Mais à mon avis ce n’est pas le moment pour publié cet article. vous auriez dû le garder jusqu’à la fin d la saison car en ce moment notre préoccupation doit être la montagne Liverpool qui se dresse devant nous en demi-finale de la ldc.

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