Roma: une racine et des ailes

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Rome: une racine et des ailes pour faire mal au Barça

Après avoir évacué, non sans mal, le Chelsea de Conte en huitièmes, le Barça se trouve confronté en quarts à l’AS Roma, troisième de Serie A. Loin de faire figure d’épouvantail parmi les huit équipes encore en lice, le onze de Di Francesco aura quelques arguments à faire valoir, notamment dans les buts et sur les ailes.

Logique et football ne font pas nécessairement bon ménage. Chelsea était de l’avis quasi-général un mauvais tirage au tour précédent, la Roma est quasiment le meilleur ce coup-ci, alors que les Romains avaient devancé les Blues dans la phase de groupe. Certes, le profil plus joueur de la Louve en fait certainement une équipe moins enquiquinante pour le Barça (et l’historique récent est moins « lourd » que celui de Chelsea), mais les Catalans devront néanmoins se méfier. Ça ne se finira surement pas en 6-1 au Camp Nou comme à l’époque Rudi Garcia…

La Roma certainement en 4-3-3. A moins que…

Costume trois pièces, lunettes en écaille, Eusebio Di Francesco a des idées très arrêtées du côté du style. Ces concepts sont également assez clairs côté terrain. Sa Roma joue majoritairement en 4-3-3, même si la formation a pu évoluer vers un 4-2-3-1. La différence entre les deux systèmes n’est pas énorme, un seul ajustement dans le triangle du milieu (De Rossi point basse dans le 4-3-3, Nainggolan en 10 dans le 4-2-3-1).

Les deux organisations de l’AS Roma. Le 4-3-3 est le plus utilisé (très largement), mais il peut se moduler en 4-2-3-1 par un changement de positions de De Rossi (sentinelle en 4-3-3) ou de Nainggolan (pointe haute en 4-2-3-1). [Design sharemytactics.com]

Le 4-2-3-1 n’est donc pas l’option préférentielle de Di Francesco, mais elle pourrait être d’actualité face au Barça. En effet, ce système a été utilisé face à Naples et au Shakhtar, deux équipes à l’ADN offensif, friandes de possession. Des caractéristiques communes avec l’escouade de Valverde.

Attaque : des ailes de feu et recherche de Dzeko

La Roma est une équipe joueuse. Et entreprenante. Face à un collectif très axé sur la conservation du ballon comme le Napoli, les Giallorossi arrivent à partager la possession, ce qui n’est pas exactement le cas de tout le monde. De fait, les Romains repartent très souvent court et au sol de derrière, avec la volonté d’entrer dans la moitié adverse par les couloirs (directement depuis les centraux, ou via un relais avec les milieux axiaux).

Offensivement, la genèse des actions a souvent pour terreau les couloirs, autour d’une très forte relation latéral-ailier. C’est surtout le cas à gauche, car la paire Kolarov-Perotti a bénéficié de plus de stabilité que son pendant à droite (Florenzi et Peres se sont partagés le poste de latéral, El-Shaarawy, Ünder et Florenzi encore celui d’ailier). La plupart du temps, les ailiers jouent en faux-pied. Comme en atteste la passmap du match à Donetsk (voir ci-dessous), la connexion latéral-ailier est si forte que les joueurs touchent les ballons dans les mêmes zones. Ils combinent préférentiellement entre eux et dans le petit périmètre.

Passmap lors de Shakhtar-Roma. Dans chaque couloir, ailier et latéral ont une position moyenne très voisine, signe d’une grande proximité et d’une relation privilégiée. Leur position est également très avancée sur le terrain, presque à hauteur de l’avant-centre (source @11tegen11).

Bien qu’elle transite drastiquement par les côtés, l’animation offensive de la Louve a surtout une vocation, alimenter Edin Dzeko dans l’axe. Souvent par des débordements, puis des centres à destination de la surface, sur attaque placée. Mais en phase de transition, le Bosnien sait se déplacer pour chercher la profondeur dans le dos de la défense adverse. C’est de cette manière qu’il a inscrit le but qui a éliminé le Shakhtar.

Excellent dans le domaine aérien, Dzeko ne joue cependant qu’en cas de force majeure le rôle de tour de contrôle qui réceptionne de longs ballons venus de l’arrière. A l’inverse, trouvé dos au jeu dans les 30 derniers mètres, il est capable de faire dans la finesse pour faire jouer ses acolytes en attaque (sa passe décisive pour Ünder à la Dombass Arena est cousue de fil de soie). S’il est l’atout offensif n°1, l’ex-Citizen n’arbore pourtant pas un total but affriolant cette saison, contrairement à l’an passé. Il a même traversé une période de sécheresse assez intense au cœur de l’automne.

https://twitter.com/ASRomaEN/status/970698818105823232

Le schéma de référence (construction sur les ailes, finition autour de Dzeko) transpire dans l’identité des joueurs les plus décisifs cette saison. Que ce soit au niveau de la contribution aux occasions crées (Expected Goals et Expected Assists), où sur les totaux de buts et de passes décisives, le ranking des joueurs qui font la diff’ est trusté par Dzeko, les ailiers et les latéraux. Seul Nainggolan, milieu le plus offensif, arrive à pointer le bout de ses tatouages dans le Top 5 des passeurs. Ce dernier est toutefois incertain pour la rencontre mercredi.

Top 5 des Expected Goals et Expected Assists en Serie A (source Understat.com)

On notera que sur la saison, en Serie A, un seul joueur du Top 5 des Expected Goals a marqué plus que son total attendu (Cengiz Ünder). Pas de chance pour Rome, le Turc est forfait pour le match aller. Même constat pour les passeurs, seul Nainggolan affiche une performance en positif. Le signe d’une équipe qui n’est pas très efficace, point pourtant fondamental pour qui veut voyager loin en Champions.

Le Barça devra néanmoins se méfier des Romains sur phases arrêtées, sur lesquelles ils parviennent régulièrement à créer du danger ?

Défense : un bloc très compact mais des ailes friables

S’il est une chose frappante dans l’animation défensive de la Roma, c’est la compacité de son bloc-équipe. Les Giallorossi sont capables tantôt d’aller chercher très haut au pressing, tantôt d’évoluer en bloc médian, mais toujours sur la base d’un maillage hyper dense et resserré, dessinable dans un carré de 25 x 25 m.

Encré sur deux lignes de quatre avec Dzeko en pointe, ce bloc se dessine en 4-4-2 (Nainggolan qui accompagne son n°9) ou en 4-1-4-1 (De Rossi placé entre la ligne de défense et celle du milieu). La première version est plus pertinente pour les phases de pressing. La seconde est plus sécuritaire, puisque le capitaine peut faire le gendarme dans la zone située entre les lignes, où les Romains peuvent être assez fragiles. Quelle que soit la géométrie choisie, les Italiens prennent toujours le parti de densifier l’axe et de laisser les ailes ouvertes. Ce sont souvent les ailiers qui sortent cadrer le porteur sur les côtés, et ne sont pas immédiatement suivi par leur latéral, ce qui peut fragiliser les flancs de la Louve.

Très dense et resserré (ici sur la base d’un 4-4-2), le bloc défensif de la Roma bloque l’axe mais laisse beaucoup de liberté sur les côtés. Lorsque le ballon court sur l’aile, c’est l’ailier (en position de milieu de côté), qui sort cadrer seul avant que le reste du bloc ne le suive (source: JWPlayer).

Même situation de bloc axial très dense en 4-4-2. Pourtant, en deux passes le Napoli va se retrouver en situation de face à face dans la surface. Les Napolitains situés entre les lignes sont trouvés trop facilement (Dzeko ne se foule pas pour gêner le porteur).

Disposés en 4-1-4-1, les Giallorossi sont moins exposés entre les lignes, puisque De Rossi navigue dans cette zone pour couper les lignes de passes ou agresser le joueur libre. A noter que Kolarov, qui s’est déjà fait enrhumer par Cuadrado, se désolidarise du bloc par son placement pour anticiper sur le Colombien.

En surpeuplant l’axe comme ils le font, les Romains laissent le champ libre aux adversaires dans les couloirs. Face au Shakhtar, ils ont énormément souffert et les Ukrainiens, avec moult dédoublements, ont pu assez « facilement » déborder et même entrer dans la surface. Le Barça connaît bien cette stratégie de laisser déborder pour tout repousser dans la surface (#Cholo), mais dans le cas présent la Roma était bien trop poreuse pour interdire l’entrée de sa surface de réparation par les côtés. Les doublettes Sergi Roberto-Dembélé et surtout Alba-Iniesta auront d’énormes coups à jouer. Le Français notamment, dont la vitesse aura les moyens de faire mal aux cannes vieillissantes de Kolarov. Contre la Juve, le Bulgare était apparu fragile face au virevoltant Cuadrado, un joueur aux caractéristiques proches de celle de Dembouz.

Autre point faible de l’animation défensive romaine, les un-contre-un. Mise à part la charnière et dans une certaine mesure De Rossi, aucun romaniste n’a un profil défensif très solide dans les face-à-face. Au Shakhtar, les dribbleurs brésiliens s’en étaient donné à cœur joie (avant de faire trop peu souvent le mauvais choix). Iniesta et Messi entre les lignes, Dembélé sur son côté ou Roberto en partant de l’arrière devront casser des lignes par le dribble pour offrir des situations aux Blaugrana. De plus, dans une configuration que l’on a vue mille fois, Messi pourrait profiter du bloc très axial de la Roma pour alerter Jordi Alba dans le couloir déserté.

A l’inverse, les Catalans devront se montrer vigilants, et clairvoyants, sur les phases de pressing adverse. A domicile comme à l’extérieur, souvent dès le coup d’envoi, les joueurs de Di Francesco n’hésitent pas à aller chercher très haut, en reproduisant la même densité de leur quadrillage.

Phase de pressing Romain lors de Shakhtar-Roma. Les Italiens ne font pas les choses à moitié puisque 6 joueurs (presque 7) se trouvent dans les 30m de l’adversaire. Evidemment, seule la charnière et le latéral opposé restent en retrait. Si Donetsk arrive à s’en sortir, il peut y avoir un surnombre à jouer (crédit: JWPlayer).

Alisson Becker, la racine qui peut tout changer

On l’a vu plus haut, la Roma n’est pas une équipe très efficace offensivement. En série A, elle n’a marqué « que » 49 buts alors que le modèle de calcul xG en attendait 53,43. Par contre, défensivement la Louve est une des équipes qui performe le mieux, en Italie comme parmi les huit équipes encore en lice en Champions. Alors que l’ASR « aurait dû » encaisser 32,23 buts en Serie A, elle n’en a pris que 23. Une surperformance défensive qui la place dans la même catégorie que le Barça. Catalans et Romains possèdent en effet une même arme secrète en la personne d’un gardien de très haut niveau.

Dans le but de l’Olimpico, Alisson utilise au mieux toute la splendeur de sa carcasse de gravure de mode. Pour ce qui a peut-être été le point culminant de sa saison, le portier de la Seleçao a écœuré à lui tout seul le Napoli lors de la victoire romaine au San Paolo, 4-2. Ce soir-là, malgré 26 tirs dont 16 de l’intérieur de la surface, les hommes de Sarri n’avaient trouvé la faille que deux fois, butant à maintes reprises sur le mur Becker.

Repartition des Expected Goals lors de Napoli-Roma. 26 frappes pour les Bleus, dont 16 à l’interieur de la surface, mais Alisson était impérial dans le but giallorossi (source understat.com)

Ce match à Naples est d’ailleurs le prototype du scenario à éviter pour le Barça. Le SSCN avait été ultra dominateur, s’était rendu malade face au gardien Brésilien et avait été puni en contre par une Roma qui, une fois n’est pas coutume, s’était montrée froidement efficace.

Conclusion

Individuellement inférieure au Barça, la Roma cherchera néanmoins à jouer face aux Blaugrana. L’équipe de Valverde aura de sérieux coups à jouer, à combiner sur les ailes comme à provoquer dans les un-contre-un. Et devra parvenir à forcer le verrou Alisson.

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Photo: AFP PHOTO / Andreas SOLARO

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5 Commentaires

  1. Le match aller au Camp Nou n’est pas un avantage pour le Barça, car il devra scorer maxi afin d’aborder le retour avec une marge de sécurité.Les Romains ne sont pas si facilement manoeuvrables. Coutinho et Messi auront du mal rentrer dans leur surface. Dembélé a été décevant devant Séville et cela devient un peu trop habituel. Au milieu il faudra un grand Iniesta.Il faudra les faire courir en confisquant le ballon. L’AS Roma joue sa saison sur ce 1/4 de finale et ne se laissera pas faire.
    Faisons confiance à Valverde pour trouver la meilleure solution avec ce qu’il a sous la main.

    • Coutinho ne peut pas jouer la C1 avec le Barça sur la saison en cours. Je partage néanmoins votre point de vue concernant le désavantage assez net de jouer le match aller à domicile au Camp Nou surtout quand on jette un coup d’œil aux performances assez moyennes du Barça à l’extérieur en C1 depuis deux saisons. Au Camp Nou en C1 l’équipe se révèle être très performante, donc il faudra essayer de plier l’affaire dès ce soir en ne prenant surtout pas de but mais aussi en en scorant pas mal et sur ce point précis on ne peut compter que sur Messi car ça fait une éternité que Suarez n’a plus scoré une seule fois en C1. Ce soir un grand Messi et une solide animation défensive (ce qui n’était pas du tout le cas samedi soir à Séville) devraient suffire à prendre le large contre l’AS Roma. Espérons-le en tout cas ! Força Barça !

  2. Très bonne analyse mais , j’ai peur du manque de concentration qu’à fait ‘Umtiti face à Séville et il m’a vraiment déçu . Je pense que si les joueurs accélèrent le jeu comme le fait Réal souvent contre ses adversaires les Romains seront déboussolés nous sortirons vainqueur et seront sereins le match retour donc à Valverde de motiver ses troupes à 200% comme l’a fait Zizou avant la rencontre de Juventus. J’espère que Ter sera dans un bon jour et vigilant face aux tirs de loin et aux jeux de tête de Dzeko et autres . Je souhaite que la finale se jouera entre nous et les madeleines . Visca Barça. Vamos Suarez je souhaite qu’il marquera.

    • J’espère tout comme vous une finale Clasico pour enfin faire plier ce Real qui semble insubmersible en C1 depuis pas mal de saisons déjà mais nous n’en sommes hélas pas encore à ce niveau. Faisons déjà un grand match ce soir contre l’AS Roma et puis par la suite on verra ce qui se passera. Si nous sommes tjrs l’équipe qui a encaissé le moins de buts en C1 cette saison, je pense que notre manque de puissance offensive se fera ressentir tôt ou tard. Cette saison, par exemple, y a eu pas moins de 10 joueurs différents du Real qui ont scoré en C1 preuve que le danger vient un peu de partout tout le contraire du Barça qui se repose presque exclusivement sur des exploits individuels de Messi a fortiori dans les matchs à élimination directe comme le retour au Camp Nou contre Chelsea où l’équipe n’avait aucune maîtrise offensive du jeu.

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