Barça : le cul entre deux blocs

4
2604

Large vainqueur de Lyon en Huitièmes retour de Champions, le Barça a offert une nouvelle fois un double visage. Côté pile, un bloc haut et une pression dans le camp adverse en première mi-temps. Côté face, un bloc bas et un jeu de transition après les citrons. Une dichotomie qui, au final, colle peut-être plus aux exigences de la Champions qu’à l’ADN du club.

Manita, certes. Mais également un gros quart d’heure de flottement durant lequel le Barça, devant 2-1 au planxot, n’en menait pas large et se trouvait à un petit pion d’avoir la tête d’un potentiel éliminé. Il y a donc d’autres histoires à raconter sur ce match que celles de penalty fantôme et de scandale du VAR. En premier lieu, celle de ce Barça habitué à jouer à Jekyll & Hyde, dominateur omnipotent qui accepte par la suite de se laisser soumettre.

Bloc haut, bloc bas

La rencontre face à Lyon vous a semblé familière ? C’est normal, elle avait déjà eu lieu. C’était en Novembre, face au Real Madrid. Même scenario, même évolution du score. Un Barça qui asphyxie complètement son adversaire dans sa moitié de terrain pendant le premier acte, pour mener 2-0 à la pause. Puis un recul substantiel du bloc en seconde mi-temps, un rival qui revit, marque et laisse planer le doute d’une égalisation, avant d’être emporté par les vagues de contre-attaques dans les vingt dernières minutes.

On est en droit de voir le verre à moitié plein. La simple lecture du score final, la sensation de supériorité globale. On peut aussi le voir à moitié vide. Une marge pas si énorme à 2-1, qui peut vous laisser à la merci d’une mauvaise surprise. Toujours est-il que ce phénomène a tendance à souvent se répéter sous le règne de Valverde. Les Catalans n’auraient-ils pas dû maintenir leur pressing haut, chercher à contrôler le match en privant les Lyonnais du ballon, tout en cherchant à porter le coup de grâce d’un troisième but qui aurait été définitif ? Ne l’ont-ils pas voulu, ou tout simplement pas pu ? Difficile de détecter qui de l’œuf, qui de la poule sur ce sujet. Que ce soit par volonté de gestion ou par nécessité physique, c’est un fait, les Blaugrana ne sont pas capables de se rendre maîtres d’une partie pendant 90 minutes.

Moins de contrôle, plus de danger

Ce n’est pas (encore) une vérité scientifiquement démontrée, mais les occasions de buts ont tendance à être plus dangereuses lorsque l’on attaque avec beaucoup d’espace. Lorsque le Barça cherche à jouer dans le camp de l’adversaire, comme lors des trois premières périodes de la double confrontation contre l’OL, son contrôle du ballon ne l’expose qu’à quelques contre-attaques. Donc plutôt peu de situations sur la cage de ter Stegen, mais avec un risque élevé qu’il s’agisse de grosses occasions. Offensivement, il est difficile, même pour des Catalans habitués à ce schéma, de se créer des opportunités (en quantité et en qualité) face à une défense densifiée. La qualité des dédoublements et une-deux (à gauche essentiellement) ce mercredi a pourtant en grande partie résolu le problème.

Comme à l’aller, le Barça a concédé seulement 0,6 d’Expected Goals face à l’OL. Sans la moindre Big Chance. Un danger assez faible donc. (source Michael Caley @MC_of_A)

Lorsque le FCB bascule en « mode gestion en bloc bas », il laisse volontiers plus de possession à son opposant, qui se retrouve plus souvent en situation près de la surface de MATS. Mais sans être plus dangereux pour autant. Le volume d’attaques lyonnaises a augmenté en seconde mi-temps, mais l’occasion la plus franche restait la contre-attaque conclue par la frappe déviée de Moussa Dembélé avant la pause. Dans ce schéma de jeu, le Barça s’appuie sur la capacité de sa défense à contrôler la surface (lire notre précedent article : Une défense pour gagner la Champions ?). Valverde voit-il plus de sécurité à défendre plus de situations en étant bien en place, que moins d’opportunités en étant découvert ? C’est possible, et l’efficacité du trio Piqué-Lenglet-Ter Stegen lui donne souvent raison.

En phase offensive, dès la récupération du ballon, le Barça devient alors très difficile à contenir. Sa qualité en transition n’est plus du tout celle de la MSN, mais chaque récupération de ballon donne lieu à une contre-attaque en égalité numérique avec la défense. On en revient au postulat de départ, les Catalans se retrouvent moins souvent dans le dernier tiers adverse, mais chaque incursion donne lieu à une situation, souvent à fort taux de danger.

Une Messi-dépendance… mathématiquement inévitable

Deux buts, deux passes décisives, et quelques transitions gâchées par gourmandise du dribble de trop. Messi a tout fait, et le Barça ne serait rien sans lui. Oui… mais non… Si Messi a phagocyté toutes les attaques en seconde période, c’est parce que le FCB a choisi de jouer le contre, en cherchant systématiquement le Petit, qui avait eu la bonne idée de ne pas revenir défendre pour jouer la carotte. Le Barça ne joue que des transitions, et toutes les transitions passent par Messi. Donc Messi « fabrique » tout seul toutes les offensives barcelonaises. CQFD.

Mais si l’on pose la loupe sur le premier acte, la Messi-dépendance saute nettement moins aux yeux. Dans un jeu sur demi-terrain où les Catalans imposent leur jeu de passe, Leo est un rouage parmi d’autres. Certes le dynamiteur et le plus à même de faire des différences, mais l’équipe peut exister sans lui. Le but de Coutinho en atteste. Passe verticale d’Arthur, régalade de Suarez et finition facile de Petit Couto : golazo sans intervention notoire de la Pulga (il sert de relais à Arthur au début de l’action).

Arthur, Coutinho et Suarez, qui ont été parmi les joueurs les plus impliqués dans le jeu avant la pause, ont disparu par la suite. Parce que le ballon se trouvait invariablement dans les pieds de Messi sur les transitions, même si les joueurs cités accompagneaint le porteur à chaque fois. Avec l’entrée de Dembélé, Valverde s’est équipé du joueur de son effectif certainement le plus transition-compatible. Et pourtant, aucune contre-attaque n’a été dirigée vers lui sans passer préalablement par les pieds de D10S. En choisissant un schéma de match où il cesse de dominer territorialement et en possession, le Barça semble donc provoquer sa propre Messi-dépendance.

 

Capable de dominer puis de subir pour mieux piquer, le Barça de Valverde semble posséder cette schizophrénie qui a souvent fait les vainqueurs de Champions. Au final, le choix de passer d’un bloc haut à un bloc bas revient à tenter de maximiser le danger dans la surface adverse, et à le diminuer dans la sienne. Quitte à paraître frustant dans le contenu pour les spectateurs.

Sous Guardiola, c’était comment ? Durant les années Pep, le Barça cherchait à se protéger des offensives adverses en confisquant le ballon, en maintenant un pressing et une possession haute dans le camp adverse. Même à 2-0, le but étant de toujours continuer à attaquer (ce qui s’est certainement vérifié mardi lors du   7-0 infligé par City à Schalke). Le risque de contre-attaque adverse existait, mais l’idée était que moins on perd la balle, moins on s’expose à ces transitions. Cela tranche avec l’approche plus pragmatique de Valverde. Mais Guardiola n’a pas gagné la Champions depuis 2011. La suite de la compétition donnera peut-être raison à l’une ou l’autre des philosophies.

Photo : Josep LAGO / AFP

Abonnez-vous c'est gratuit!

4 Commentaires

  1. Excellente analyse. moi je difinis le temps faible observé ces derniers temps au début d chaque seconde période par la fatigue ou la baisse de régime d nos troupes. Réal avait fait ainsi lorsqu’il dominait l’Europe mais force d constater q au tps d domination madrilène,les adversaires rencontrés n’ont pas une doublette Messi-Suarez.Donc je me demande tjr si cette stratégie peut marché contre des adversaires du niveau d la Juventus, City ou Liverpool. seul le tps le dira

  2. Très belle et pertinente analyse. Mais il faut comprendre que si guardiola dispose de notre effectif actuel ou était sur notre banc depuis 3 ans on aurait gagne au moins une fois cette ligue des champions.
    La gestion du match par les joueurs, je trouve que c’est plus un choix du coach que la fatigue. Lorsque vous laissez le ballon a l’adversaire, vous soufrez plus que si vous le confisquez. Alors on ne peut pas choisir de souffrir consciemment alors qu’on se dit être fatigué. Valverde doit vraiment imposé aux joueurs de tuer tout suspense dans les matchs à chaque fois pour ne pas laisser l’adversaire se mettre en confiance. Je voudrais aussi souligner l’attitude de merci qui des fois n’est pas celui d’un guerrier ou vrai competiteur comme Ronaldo et Vidal par exemple. A 2#0 contre lyon, il avait eu des opportunités pour faire le brec mais il n’a pas fait, ensuite il a commencé a marché et a laissé le jeu jusqu’au moment où lyon revient a 2#1. Après 4#1 je peux comprendre qu’il doit s’économiser mais à 2#0 c’etait trop tot. J’espère qu’ils vont vraiment corriger ces choses pour éviter de se faire surprendre au tour suivant.
    Vive mon Barça, vive notre Barça et vive le Barça pour toujours.

  3. merci Julien pour tous tes éclairages de haut niveau ; je pense que le bloc haut exige des défenseurs véloces et forts pour le un contre un; Barca a la rapidité avec Alba et l’efficacité dans les duels en Lenglet mais pour Piqué et SR c’est out. en bloc bas et regroupés autour de Ter Stengen, ils se retrouvent efficaces

  4. Pour une fois arrêtez de dire q quelqu’un est compétiteur et l’autre non. Ronaldo pourtant compétiteur à imiter s’est fait mangé au match aller par l’Atlético non?Sans oublier le nombre de fois qu’il a été humilié contre le Barça.Messi a certes raté mais il en a mis 2 et a délivré 2 passes.Moi aussi j’ai suivi le match retour d l’Atlético et j dis sans hésiter q Lyon a fait mieux au camp nou q l’Atlético à Turin.le problème dans le foot c’est q personne ne peut maintenir une domination sur 90 min et plus.l’important c’est d savoir gérer le tps faible,une chose q Barça ne fait pas bien à mn avis car chaque fois on prend des buts

LAISSER UN COMMENTAIRE

Laissez votre commentaire!
Merci d'entrer votre prénom