Une dernière Coupe, et puis j’arrête…

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Samedi, le Barça affrontera Séville pour épaissir un peu plus son palmarès en Coupe du Roi, une compétition sur laquelle il règne, historiquement et sur la dernière décennie. Une compétition, aussi, qui est en partie responsable du coup de mou que les Blaugrana subissent chaque saison au mois d’Avril. A l’avenir, le club a peut-être intérêt à repenser son rapport à la Coupe, surtout s’il veut prioriser la Champions.

Le Barça a beau encore avoir en ligne de mire une fin de saison à enjeux, la Chute de Rome est encore dans toutes les têtes et toutes les discussions, qu’elles soient de comptoirs ou réseaux-sociales. A l’Olimpico, le FCB a sombré dans l’envie, dans l’attitude, dans le plan de jeu, dans les intentions. Mais il semble également évident que l’équipe est arrivée à ce rendez-vous crucial dans un état de forme déclinant. Ce qui devient récurrent sur les dernières saisons. La faute au calendrier surchargé en Janvier-Février par les rencontres de Coupe du Roi ? Certainement… Ce coup de pompe physique expliquerait également les absences de l’équipe lors des dernières rencontres, que l’on avait déjà pointées du doigt. Dans un futur proche, si le Barça souhaite régner sur l’Europe, et plus sur la simple Péninsule, il devra faire des choix et établir des priorités. Viser les coupes avec les plus grandes oreilles…

Suivre l’exemple du Real : délaisser la Coupe

Dans l’Histoire du jeu, les titres Européens éclipsent souvent la réalité domestique. Pour beaucoup, les années 50 marquent la domination sans partage du Real Madrid sur le football de l’époque, avec cinq Coupes des Champions glanées consécutivement. Pas grand-monde ne se souvient qu’en 1959 et 1960, le Barça lui était supérieur et remportait deux Ligas et une Coupe du Roi, avec dans ses rangs Kubala, Kocsis, Czibor ou Suarez… On a changé de siècle mais les vieilles rengaines aiment à se répéter. Sur les cinq dernières saisons, le Barça domine les compétitions qui se déroulent au sud des Pyrénées, mais la Casa Blanca moissonne à l’échelle continentale, et c’est certainement ce que l’Histoire retiendra…

Sur les cinq dernières années en question, les Meringues ont semblé focaliser leurs efforts, et leur préparation, sur la Champions. Avec l’objectif, systématiquement atteint, de débouler entre Mars et Mai dans le pic de forme de la saison. Quitte à laisser de côté certaines compétitions, comme la Coupe du Roi. Sur le tableau ci-dessous, on constate que le Barça est la seule équipe des trois Grands d’Espagne à avoir été concernée jusqu’au bout par toutes les compétitions hispaniques. Et ce n’est certainement pas un hasard si, dans le même temps, les Catalans ont vu leurs aventures européennes prendre fin plus tôt que celles des frères ennemis de la Capitale.

Bilan des équipes espagnoles dans les différentes compétitions. En bleu, les compétitions jouées « jusqu’au bout » (demi-finale pour les Coupes), en rouge les éliminations prématurées. Le Barça est la seule équipe à avoir été en course constamment en Liga et Copa. En parallèle, c’est celle qui a le moins bien performé en Europe. Ce n’est certainement pas un hasard…

Outre le fait de rester ou non longtemps en lice dans une compétition, le Barça s’est également distingué ces dernières saisons par le peu de turnover opéré sur ses joueurs cadres. Comme le démontre le tableau ci-dessous, cette saison, les tauliers barcelonais jouent beaucoup plus que les patrons du vestiaire blanc. Au total, Messi a joué en club l’équivalent de 7,5 matches de plus que CR7. Même son de cloche pour Piqué, Busquets ou Rakitic avec 5,5 rencontres de plus au compteur que Ramos, Casemiro ou Kroos.

Minutes jouées (total et en Copa del Rey), par cinq cadres du Barça et du Real. Les Catalans jouent beaucoup plus, mais la différence est surtout très nette en Coupe (données fcbarcelone.fr et realmadrid.com)

Les Catalans jouent donc une bonne demi-douzaine de parties supplémentaires, mais la différence est surtout effarante si l’on ne s’en tient qu’à la Copa del Rey. Là où les titulaires culés sont constamment de sortie, les Madrilènes restent bien sagement au frigo (ou en cryothérapie). Cristiano, Kroos ou Marcelo n’ont pas foulé la moindre pelouse copera cette saison. Ce n’était pas le cas de Piqué ni de Busquets, qui ont joué à Rome sur une jambe, comme Messi qui ressentait encore probablement sa gêne aux adducteurs. A posteriori, le FCB semble avoir commis une grave erreur au moment de hiérarchiser les priorités de sa saison.

Le meilleur symbole de cette congestion du calendrier se trouve dans les « mercredis libres ». Depuis la reprise le 4 Janvier et jusqu’au soir de son élimination face à la Roma, le Barça a joué systématiquement en semaine, exception faite du 14 Février et du 7 Mars, dates de huitième de Champions jouées en décalé (et encore, le 07/03 a été choisi pour donner lieu à la Supercoupe de Catalogne… charmante et clairvoyante idée). Messi a beau jurer que son corps est habitué à jouer tous les trois jours, on reste prêt à parier qu’une petite exonération de temps en temps ne lui ferait pas de mal pour aborder Avril dans un meilleur état de forme.

Se servir de la Coupe comme d’un laboratoire

S’il est un autre point sur lequel le FC Barcelone pêche, c’est sur la qualité de son banc et l’incorporation de ses jeunes dans l’équipe première. Si les titulaires jouent sans relâche, c’est aussi et surtout parce le FCB se montre régulièrement incapable de gagner des matches lambda en Liga avec sa second unit. Le meilleur exemple reste la défaite l’an passé au Nou face à Alavès, qui avait enterré illico le recours aux remplaçants. Ou plus récemment la prestation plus que discutable livrée face au Celta. C’est aussi une des grandes différences qui séparent le Real et le Barça, et qui facilite la gestion du côté de la Maison Blanche. L’équipe de Zidane est capable de prendre les points avec Vazquez, Nacho et Asensio, alors que les Blaugrana n’y arrivent pas s’ils ne s’en remettent qu’à Gomes, Digne et Alcacer.

Le Barça a les moyens d’atteindre la 1/2 finale de la Coupe du Roi, même avec un 11 alternatif

A défaut de pouvoir faire souffler tous les boss en Liga, le Barça se doit de les laisser en tribune en Copa. Quitte à se faire évincer tôt de la compétition ? Si les demies de Champions sont à ce prix, alors oui ! Ce sera par ailleurs l’occasion de donner des minutes à ceux qui en ont besoin, mal-aimés du groupe pro et jeunes du Barça B qui tapent à la porte. Même avec un onze alternatif, le FCB doit avoir les moyens d’atteindre, suivant le tirage au sort, les quarts voire les demi-finales chaque année. Pour ces joueurs à la marge, cela représente quand même 6 à 8 matches pour se mettre en évidence et montrer qu’ils ont le niveau.

Dernier point de comparaison avec le Real (après c’est fini, promis…), quart de finale retour de Coupe du Roi au cœur du mois de Janvier. Le Real reçoit Leganes, alors que le FCB accueille l’Espanyol. Valverde aligne une équipe type (Vidal est titulaire à droite car Coutinho et Dembélé sont blessés), alors qu’à 600 km de là, Zidane couche sur la feuille de match une compo hybride, avec seulement trois titulaires réguliers (Ramos, Benzema, Isco).

Compositions d’équipes en ¼ finale retour de Copa del Rey. Tous les titulaires sont de sortie à Barcelone, trois seulement à Madrid (design : sharemytactics.com).

Avec ces gestions opposées, les deux rivaux ont créé des dynamiques différentes. Le cercle est vertueux pour le Real, les cadres se reposent et les doublures grappillent du temps de jeu, ce qui en fait de véritables alternatives. A l’inverse, le cercle Blaugrana est vicieux : on tire trop sur les organismes des titulaires, et les remplaçants, qui ne parviennent pas à démontrer leur valeur, ne sont pas considérés comme dignes de confiance.

Pour mémoire, au même stade de la compétition en 2009, déjà face aux Pericos, Guardiola alignait une équipe mixte avec certains titulaires (Puyol, Piqué, Alves, Xavi, Messi), des doublures (Sylvinho, Gudjohnsen, Hleb) et des jeunes (Bojan, Busquets qui débutait cette année-là). Ce fonctionnement permettait d’ailleurs à Pep de s’appuyer sur une plus grande profondeur de banc. Et de faire éclore les jeunes pousses qui sont actuellement denrée (très) rare dans l’antichambre Blaugrana.

Peut-on blâmer Valverde ?

Avec ses confrontations aller-retour embouteillées sur les mois de Janvier et Février, la formule actuelle de la Copa del Rey s’apparente à une bouillie intellectuelle. Le Barça prône pour le changement, et pousse pour que la compétition se joue sur matches secs. C’est une bonne chose, mais ça n’a pas l’air de vouloir porter ses fruits dans l’immédiat. Alors, la direction du club peut toujours s’orienter vers des décisions qu’elle maîtrise, en interne. Comme passer la consigne à son coach que la Copa est un objectif secondaire, que les titulaires ne doivent pas y participer pour se focaliser sur la Champions et la Liga.

Valverde, première saison au club, a besoin de légitimité et il sait que celle-ci passe par des titres (on n’aurait pas craché non plus sur un football flamboyant, ceci dit…). Toute la saison, il a d’ailleurs annoncé considérer la Copa comme un trophée prioritaire. On se doute bien que, fraîchement arrivé sur le banc blaugrana, el Txingurri n’allait pas, du haut de son palmarès vierge, galvauder cette compétition pour en privilégier une autre, fut-elle plus prestigieuse. L’an prochain, la donne aura changé. Ernesto aura à son compteur culé, dans le meilleur des cas, un doublé Copa-Liga avec invincibilité en Championnat. De quoi avoir gagné une crédibilité suffisante pour pouvoir faire des choix forts, comme celui de négliger une Coupe nationale pour se donner les moyens d’aller chercher une Coupe Européenne.

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Photo : AFP PHOTO / Josep LAGO

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8 Commentaires

  1. Très belle analyse, entièrement d’accord avec nous. Valverde ne pouvait pas négliger la copa car il se doit de gagner au moins un trophée pour avoir plus de crédibilité pour la suite. Espérons que toutes les erreurs commises cette saison lui serviront de leçon. Pour entamer cette révolution, il lui faudra avant tout faire un bon mercato (virer André gomes, lucas Digne, alex vidal) pour espèrer avoir un banc bien fourni.

  2. Pas tout à fait d’accord ! Je pense qu’il faut intégrer si ou si beaucoup plus les jeunes , ça devrait être une priorité au lieu de chercher dehors et de les faire jouer mais à côtés des meilleurs et non pas leur laisser une compétition car tu ne lui donnes pas de valeur.
    D’autre part, personnellement je vis plus le présent que non du passé ou du futur , c’est à dire que je suis plus content de gagner la Liga que la Champions (être invaincu au championnat c’est incroyable!!!), je m’en fous un peu de que les gens peuvent se souvenir d’ici 10 , 20 ou 50 ans… mais comme je dis c’est une option personnelle !
    Aprés , au moins dans ce club, si on perd la Coupe du Roi en février contre l’Espagnol je crois que la dynamique du jeu , et surtout « el entorno » devient trés dangereux pour les suivants 2, 3 ou 4 matchs que peut créer des problèmes pour La Liga et aussi pour La Champions , même si c’est l’équipe B qui a joué.

  3. excellente analyse. je suis d’accord qu’il faudrait virer andré gomes, alex vidal, lucas digne, paco alcacer qui n’ont pas le niveau pour jouer dans un club comme le fc barcelone. mais il faudrait recruter au milieu du terrain voire incoporer des jeunes de la Masia qui est pour moi la pièce maîtresse qui a fait régner le barca sur toute l’europe ces dernières années. le barca n’a plus de milieu de terrain. xavi est parti, iniesta est cramé, sergio busquets est trentenaire. donc je pense qu’il y a du ménage à ce poste

  4. Je ne pense pas que le Real néglige vraiment la coupe. Le turn over de Zidane lors du match contre Leganès a été motivé surtout par la qualité de l’adversaire. Si Le Real avait tiré une équipe forte en coupe, il aurait aligné ses tauliers au moins sur un match et en fonction du résultat du match allé aurait fait tourner au match retour. En plus le match contre Léganès tombe au moment où le Rel était dans le dure et enterre définitivement ses espoirs de remporter la liga donc ceci explique leur élimination en quart et en ayant joué que des seconds couteaux. Malgré leur banc de touche qui est supérieur au nôtre le Real ne réussi jamais à jouer sur tous les tableaux. Ce n’est pas un hasard qu’à chaque fois qu’ils ont gagné la champions, domestiquement ils ne gagne quasi rien exception faite la saison dernière. Le Barça ne peut pas se permettre de négliger des trophées. Ce qu’on doit faire c’est d’avoir un banc de touche de qualité que nous avions à chaque fois que le Barça a gagné la champions. Aujourd’hui le Real joue à fond la CL car ils n’ont plus que ça à jouer, si le Bayern les élimine c’est saison blanche pour eux

  5. Cette analyse a le mérite d’orienter notre réflexion, mais il me semble que gagner la Liga devra toujours rester une priorité pour le Barça. Pour la coupe du Roi, il faudrait profiter de cette période pour intégrer les jeunes de la Masia et les nouvelles recrues afin de faire émerger les talents. Le Barça a les moyens, s’il le veut bien, de jouer toute les compétitions. Les déconvenues de cette saison viennent d’un recrutement approximatif – ce qui oblige les mêmes à jouer – et le peu de cas fait aux jeunes de la Masia. Il y a surement une raison que l’on ne nous révèle pas !
    Valverde, voulant gagner la Liga, est obligé d’aligner les valeurs sûres de l’équipe. Le Barça doit vendre et acheter des joueurs susceptibles de s’intégrer dans son style de jeu dès le prochain mercato.
    Je garde en mémoire le match livré par Séville en coupe d’Europe. Ils feront le même match face à Barcelone. Barcelone devra élever son agressivité (dans le bon sens), augmenter son rythme et faire circuler plus vite le ballon. Vu l’état de fatigue des joueurs, je crains beaucoup.

    • Premièrement je ne sais pourquoi valverde est obligé de jouer en 4-4-2 quelque soit le match et l’adversaire? Le 4-3-3 nous va tres bien et nous avons les joueurs pour ce systeme. Si le centre de formation ne priduit pas des joueurs de qualité qu’il achètent des joueur de qualidé pour les rotations. Le barça se doit d’acheter un bon milieu capable d’effacer son adversaire en un contre un comme inesta car ce dernier se fait deja vieux d’acheter un bon defenseur qui viendra jouer titulaire à la place de Pique; d’acheter antoine griezman et eden hasard là coutinho joue au poste d’iniesta et hasard occupe le poste de neymar qui est toujours vacant jusqu’à present.

      • Tout simplement l’effectif est decapite sur les ailes, le barça ne dispose pas d’ailiers depuis le départ de Pedro et Neymar. Donc, on a vu y passer Sergi, Alex, Gomes, Delofeu et parfois Alcacer sans aucun résultat. Encore, si Suarez n’arrive pas à retrouver son rythme de croisière justement c’est du a son isolement en pointe et à la couverture des deux flancs, gauche et droite, sans aucun appui.
        Notez que parmi l’elite Européen, le barça est le seul club qui joue sans ailiers de métiers. Donc le 4-4-2 n’est plus un choix mais plutôt une obligation de conjoncture, ???

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