Valverde : jamais sans mes titulaires

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Comme trop souvent ces dernières saisons, le Barça ne s’en est sorti samedi dernier à Anoeta qu’avec son onze-type sur la pelouse. Bien mieux armé en quantité que la saison dernière, Ernesto Valverde ne semble pas vouloir, ou pouvoir, tirer une valeur ajoutée de ses secondes lames. Une tendance lourde qui n’annonce pas forcément le meilleur, mais dont le technicien est pourtant adepte.

Ernesto Valverde, an II. Attendu au tournant après une première année à tiroirs (succès inespéré avec le doublé, élimination piteuse en Champions, fonds de jeu relativement pauvre), l’ancien coach de l’Athletic se trouve aux commandes d’une équipe autrement mieux armée que l’an passé à la même époque. Alors que la profondeur de banc, dessinée par le mercato estival, doit permettre au FCB d’espérer des horizons continentaux au printemps, l’impact de la second unit peine encore à se matérialiser. Et la gestion du mister est directement en cause.

Pourtant, le schéma ne devrait étonner personne, puisque la Valve est un habitué. Lorsqu’il était head coach de l’Athletic, il aimait à s’appuyer sur un noyau dur de 13-14 joueurs (mais le fonctionnement des Basques, dont tous les joueurs doivent être locaux, l’y obligeait quelque peu). Parmi ses leitmotivs de l’époque, attaquer la saison avec de bons résultats pour s’offrir de la sérénité, avec, pour ce faire, un recours massif au onze titulaire. Quitte à repousser l’injection de nouvelles têtes à des dates plus avancées du calendrier. Le natif d’Extremadure a selon toute vraisemblance emmené ces préceptes avec lui en Catalogne.

Sans les titulaires, point de salut

« Les titulaires jouent tout le temps car les suppléants ne sont pas au niveau ». « Les remplaçants ne donnent pas satisfaction car les titulaires monopolisent trop de temps de jeu ». C’est dans ce mano à mano pour savoir qui de l’œuf, qui de la poule, que se situe la vérité sur la gestion de l’effectif. Depuis la prise de fonction de Valverde, une idée déjà en vogue du temps de Luis Enrique semble se confirmer : le Barça n’est capable de proposer un visage suffisamment entreprenant pour gagner ses matches qu’en présence de ses joueurs cadres. Les différentes tentatives d’ouverture aux joueurs de complément se soldent régulièrement par des échecs, avec comme conséquence de recourir aux tauliers comme on compose le 18 lorsque ça commence à sentir la fumée. Dernier exemple en date samedi face à la Real Sociedad où le milieu Rakitic-Rafinha-Sergi Roberto a affiché une telle neutralité, dans le mouvement et les intentions, que la sirène a dû retentir pour rameuter Coutinho et Busquets. Avec le probant résultat que l’on connaît.

Si seuls les joueurs plus ultra paraissent s’en sortir, c’est peut-être aussi (surtout ?) parce que les Catalans s’en remettent plus au talent des acteurs qu’à une idée de jeu collective forte. Orphelins d’un cadre et de directives claires quant à l’expression offensive, les joueurs semblent principalement dépendants de leur capacité d’improvisation. A ce jeu-là, évidemment, seuls les meilleurs émergent. Les autres plongent.

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Des ressources sur le banc sous-exploitées

« Si les recrues étaient titulaires, vous me demanderiez pourquoi d’autres ne jouent pas » E. Valverde

La saison dernière, Ousmane Dembélé, recrue phare de l’été qui a porté pâle jusqu’au cœur de l’hiver, a connu une intégration toute en douceur au onze culé. Rarement titulaire, entrant souvent tardif, le Français imaginait certainement profiter d’une participation plus fournie. De fait, en infusant son Dembouz à doses oméopathiques, Valverde s’est plus ou moins privé d’une solution contondante. Le début de saison du tout frais Champion du Monde prouve qu’Ernesto avait la solution sous la main, mais qu’il a rechigné à pleinement l’utiliser.

Cette année, le Txingurri semble disposé à appliquer la même posologie concernant Arthur et Malcom, deux potentiels talents qui ne demandent que des minutes pour pouvoir s’exprimer, grandir, emmagasiner confiance et expérience, pour au final se muer en alternatives crédibles. Pour eux comme pour d’autres, les apparitions en Liga tombent au compte-goutte. Ce qui tend évidemment à différer l’éclosion de la relève. Une relève qui doit pourtant faire la différence sur la durée de la saison.

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Des choix trop conservateurs

Démarrer face à Alavès avec une paire de relayeurs Rakitic-Sergi Roberto. Sortir Dembélé pour verrouiller le résultat avec Arturo Vidal. A Valladolid. A Anoeta. On l’aura compris, Ernesto Valverde est du genre frileux. Ce qui pouvait se comprendre l’an dernier (notamment par besoin de titres pour gagner en légitimité) est beaucoup plus difficile à avaler désormais.

Valverde n’est pas réfractaire au coaching : en 4 saisons à l’Athletic entre 2013-14 et 2016-17, il a toujours effectué 3 changements, à part 3 matches où il n’en a fait que 2.

Depuis le début de saison, le technicien n’a jamais eu recours aux changements pour modifier son équipe vers un visage plus audacieux. Au contraire. Même lors de la démonstration face à Huesca, dans un match archi-plié dès la 52ème, Don Ernesto a tardé à procéder à ses cambios, et n’a pas profité de l’aubaine pour tester un plan B. Cette tendance à vouloir protéger le résultat, à repasser en 4-4-2 en injectant du muscle au milieu dans le dernier quart d’heure suscite nombre de débats parmi les suiveurs Blaugrana, qui ne retrouvent pas vraiment l’essence de la philosophie de jeu locale. Ce Barça, qui se veut plus solide en fin de match, n’affiche d’ailleurs pas une grande sérénité puisqu’il peine à imposer, dans cette configuration, une maîtrise du ballon qui le mettrait à l’abri.

Où est l’ADN Barça ?

C’est LA question qui fâche… Mais qui va revenir, encore et encore, tout au long de la saison. Les victoires s’enchaînent mais globalement, l’aficion s’ennuie, et le fonds de jeu dérive pour s’éloigner, chaque jour un peu plus, des idéaux cruyffistes. Valverde semble bien être revenu au 4-3-3 cet été, mais cette évolution systémique ne s’accompagne pas, pour l’instant, du retour du football des triangles et du jeu léché à une touche. La prestation du trio du milieu à San Sebastian est tout à fait symbolique. Le Barça n’a rien produit, pourtant, trois footballeurs du niveau de Rakitic, Rafinha et SR20 (sans être Busquets, Xavi et Iniesta, évidemment) doivent être capables de proposer un minimum de mouvement et de création. Or il n’en fut rien, la faute à un manque flagrant d’idée directrice dans la construction du jeu. En allant plus loin, on peut surtout se demander si l’équipe progresse réellement, depuis un an (au delà des fulgurances de ses fuoriclasse).

Le Barça ne peut pas se cacher derrière l’excuse du vide générationnel. Certes, Xavi et Iniesta ne sont plus là mais, encore heureux, on peut proposer un futbol attractif même sans deux des meilleurs milieux de terrain de l’histoire. Un certain nombre d’équipes en Europe le prouvent chaque week-end… Le FCB possède suffisamment de joueurs créatifs pour y arriver, charge à Valverde de les utiliser et de les mettre au service d’une idée de jeu plus conforme aux préceptes de la maison. Le Barcelonisme, en attente d’une (r)évolution dans l’ambition, n’a plus qu’à citer Danton : « Il nous faut de l’audace, encore de l’audace, et toujours de l’audace… »

 

Photo Miquel Llop/NurPhoto

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7 Commentaires

  1. tout a fait vrai ce qu’il dit; le jeu du Barca n’est plus aussi excitant : absence de vitesse, de redoublement, de passes à une touche. on ne vibre qu’aux passes transversales de Messi sur Alba, c’est tout ce qui reste du Barca. avec cette équipe et ce jeu, je perds espoir pour les titres tant nationaux que continentaux.
    PS pourquoi SR20 est délaissé seul sur le coté droit dans un présumé 4 3 3 alors que Messi préfère s’excentrer au milieu du terrain, le Barca s’agglutinant en attaque sur le coté gauche avec Alba, Coutinho, Suarez er Messi surtout ?

  2. En réponse à la question de M. Taieb, le 4-3-3 était basé sur un milieu de terrain talentueux (Xavi, Iniesta et Busquets) et qui se complètent entre eux et avec les latéraux (Alaves et Alba) , cet équilibre est rompu après les départs des deux maestros et la lenteur de Busquets souvent loin de son positionnement de pilier central. Maintenant le barça passe par une phase d’ajustement, malheureusement sans ADN du barça, mais pour l’instant on construit une équipe solide pour réussir cette transition avec moins de dégâts. Cependant plusieurs talents de la Masia sont prometteurs et on peut compter ur eux dans moins de deux saisons si valverde y croit et ouvre la porte à ces jeunes pour s’adapter tôt avec l’ambiance de l’equipe A. Ceci n’emoeche que la direction du barça doit y contribuer efficacement pour oublier les déboires des deux dernières saisons au moins.
    VISCA BARÇA

  3. Tout à fait d’accord M. ASSIMED que le 4-3-3 était basé sur un milieu des deux maestros ayant support de deux mobylettes (ALVES,ALBA) mais vu que les deux premiers ne sont là et qu’on a recruté deux autres joyaux(Coutinho, Melo) avec Samedo qui peut remplacer Alves si Valverde lui fait confiance pourqoi ne pas revenir à ce système qui avait donné ses fruits et honnoré la valeur du club en attendant les pousses de la Masia(Aléna, Busquets Oriol,et le jeune dont j’ai oublié son nom)? Valverde n’a pas les épaules larges pour bien gérer un club d’une telle dimension et nous l’avons vu lors contre la Roma donc inutile de blâmer la direction qui à mon avis a répondu à tous ses demandes. Comment un joueur qui ne bénéficie pas des temps de jeu importants peut tout d’un coup apporté quelque chose dans un match important? On voit bien que c Dembouz a eu sa confiance s’est changé et les Samedo,Dénis Suarez, ont eux aussi besoins. Valverde veut profiter de la magie de Messi et de la chance pour seulement gagner la Liga et veut pas batailler contre les grands clubs Européens pour la champions. C ‘est la seule année que le banc de Barça est bien bourré des joueurs capables de remplacer les titulaires et tenir tête à n’importe quelle équipe mais malheureusement cette fois-ci il n’y a pas un vrai coach qui pourrait nous faire profiter!!! User les titulaires dés Septembre et arriver aux mois importants sans carburants est la cultures de Valverde est c’est désolant pour nous fans mais j’espère que les cadres lui tiendront tête contres ses conneries.

  4. Le lobby anti valverde est très puissant.on voit rafinha et semedo qui se plantent complètement à anoeta C’EST LA FAUTE DE VALVERDE.semedo est un latéral honnete, mais on veut nous faire croire que c’est le prochain Alves.

    Dembele était crispé l’an dernier , jouant avec la peur de se blesser et pensait a la coupe du monde,il ne méritait pas d’être titulaire

    un championnat/ldc se gagne à 15 joueurs pas à 20.les autres auront leur chances et si ils jouent mal quand ils entrent,ce n’est pas la faute du coach,ils ne savent pas saisir leur chance.

    Il faut arrêter de nous bassiner avec l’ADN du barca.guardiola a profité d’une bonne génération, c’est du passé, c’est fini.

    La saison a bien commencé, les titulaires devaient retrouver du rythme. C’est fait.ça tournera pour la Copa et les matchs post trêve internationale.

  5. Tres bon article BI comme souvent. Mais ce qui me paraît le plus problématique c’est le fait de faire venir un entraîneur comme Valverde tout en espérant d’assister à une équipe guardiolesque puisqu’il est tout simplement comme ça. Ceci étant plutôt que de jouer en 4-3-3 et de chercher à proposer un jeu plus alléchant que la saison passé Valverde et l’équipe gagnerai en jouant en 4-2-3-1 qui se transforme en 4-4-2 en phase défensive. Et cela pour le simple fait que notre penche tros à gauche et que Messi se positionne la plus part du temps dans l’axe que tout le coté droit est quasi inexistant qui est d’autant plus flagrant quand Roberto y joue car je pense que Semedo a la capacité de couvrir et d’animer tout le flanc. Je reviens sur le 4-2-3-1 qui pour moi est la meilleure solution pour gagner avec la manière que nous souhaitons car du fait que le Barca fait tjs jouer un jeu offensif de possession, cette formation nous permettra d’avoir de la fluidité en attaque grâce à Coutinho qui rentre à l’intérieur et Dembouz qui peut permutter avec Messi lorsqu’il veut s’excentrer avec un double pivot Busi et Raki. Cette formation nous donnera aussi un repli deffensif plus efficace puisque le pivot est très compétent et que nos ailiers, en particulier Coutinho, defendent mieux sur une aile que dans l’axe

  6. Merci à VALVERDE pour cette réponse qui me coupe l’herbe sous les pieds. Car, à la lecture de l’article principale, j’ai été très surpris qu’on reproche tant de choses à notre coach. Prenons Dembouz, l’an dernier il s’est blessé puis s’est reblessé et ce serait la faute de Valverde s’il n’a pas donné les résultats escomptés ? Bien sûr que non. Dembélé a passé la saison 2017-2018 dans le doute et, cette saison, le titre de champion du monde (même s’il a peu joué en Bleu) et le nouveau schéma en 4-3-3 lui donne plus de marge et plus d’assurance. Prenons Roberto. Ce garçon était un vrai milieu qu’on a voulu transformer en latéral droit faute d’avoir anticiper le remplacement d’Alves. Du coup il n’est vraiment très performant ni en milieu ni en latéral où son incapacité à adresser de bon centre fait peine à voir. Mais c’est un produit de la Masia alors il est intouchable. Je ne veux pas accabler Roberto mais, la semaine dernière, lui et Rafinha ont eu leur chance au côté de Rakitic et résultat ? Néant total pour les 2, seul Rakitic a répondu présent, comme d’habitude serais-je tenté de dire. C’est comme pour Suarez. Il peine en ce moment mais qui faire jouer à sa place pour le laisser un peu souffler après une coupe du monde où il a beaucoup donné ? Munir ? Il est bien sympathique et peut rendre des services mais on n’est pas sur la même planète. Et, pour tout celà, Valverde n’est en rien responsable. Franchement, la saison dernière, si on excepte l’incroyable élimination contre Rome (où les joueurs sont plus à blâmer que le coach) qui aurait signé pour un doublé Liga-Copa del Rey juste après le départ de Neymar ? Personne. Pourtant ce départ aurait pu déstabiliser Valverde qui venait d’arriver. Mais il a remarquablement relevé le défis. Bravo à lui. Alors certes Valverde n’est peut-être pas Cruyff ni Guardiola mais je vous rappelle que Pep n’est pas non plus arrivé à s’imposer en Ligue des Champions que ce soit avec Le Bayern ou avec Man City et pourtant il ne manque pas de joueurs de classe. J’adore et vénère Pep Guardiola mais arrêtez de taper sans cesse sur Valverde. C’est profondément injuste et n’aide pas notre Barça a progresser. Et, rassurez-vous, Malcolm et Arthur auront leur chance et, eux, à l’inverse de Rafinha, ils la saisiront.

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